Des effets favorables de la CPAP sur les troubles du rythme cardiaque associés à un SAOS

Les troubles du rythme cardiaque sont fréquents au cours du syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) au point qu’ils peuvent même en être l’un des signes révélateurs. Leur pathogénie pourrait relever au moins en partie de l’activation du système sympathique déclenchée par les accès hypoxiques nocturnes concomitants des apnées. De ce fait, le recours à la ventilation en pression positive continue ou CPAP (Continuous Positive airway pressure) devrait s’avérer bénéfique. C’est ce que suggèrent les résultats d’une étude de cohorte prospective non randomisée dans laquelle ont été inclus 36 patients (dont 31 hommes, âge moyen : 63,2 ± 12,0 ans) tous atteints d’un SAOS (index d’apnées et d’hypopnées, IAH > 5/h) et de troubles du rythme cardiaque révélés par l’enregistrement de l’ECG selon la méthode de Holter. Deux groupes ont été constitués : (A) pharmacothérapie seule ; (B) pharmacothérapie + CPAP.

Dans le groupe A (n = 18), les troubles du rythme étaient à type d’extrasystoles ventriculaires (ESV) (n = 7), de fibrillation auriculaire permanente (FAP) (n = 8), de flutter auriculaire (n = 1) ou encore de tachycardie supraventriculaire paroxystique (TSVP) (n = 2). Dans le groupe B (n = 18), il s’agissait d’ESV (n = 8), de FAP (n = 5), de TVSP (n = 3), mais aussi de FA paroxystique (n = 2). L’évaluation des arythmies en question quant à leur sévérité, leur type et leurs récidives a été faite à l’état basal (T0), puis 3 (T3) et 6 mois (T6) plus tard.

Une corrélation positive  (r : 0,74, p < 0,001) a été établie entre l’index de désaturation en oxygène et l’IAH. Dans le groupe B, la fréquence cardiaque moyenne chez les patients atteints d’une FA a été estimée à 69/mn (versus 82/mn dans le groupe A) et aucune récidive du trouble du rythme n’a été enregistrée. La fréquence cardiaque, dans ce groupe, a été corrélée à l’IAH (r: 0,53, p < 0,005). Par ailleurs, une plus grande proportion de patients du groupe B est passée de la classe II à la classe I de la classification de Lown.

Cette petite étude non contrôlée suggère que la CPAP combinée à la pharmacothérapie a des effets bénéfiques sur les troubles du rythme fréquemment associés au SAOS, ce qui semble logique d’un point de vue pathogénique. Les anti-arythmiques sont nécessaires, mais leur efficacité semble renforcée par la ventilation en pression positive continue sous plusieurs angles : prévention des accès de FA ou de TSV, contrôle accru de la fréquence cardiaque en cas de FA permanente et diminution de la fréquence et/ou de la sévérité des ESV. Il importe de confirmer ces résultats sur une plus grande échelle, en recourant de préférence à un essai randomisé, si l’on veut une démonstration plus convaincante.


Paru sur Jim.fr du 25 Août 2015, commentaire du Dr Philippe Tellier      

Références                                                                                                                                                                                                                                                                                     Dediu GN et coll. : Positive pressure therapy in patients with cardiac arrhythmias and obstructive sleep apnea. Pneumologia. 2015; 64:18-22.