Palmarès des hôpitaux : Aucune clinique privée parisienne dans le top 50

Paris, le jeudi 20 août 2015 – Marronnier de la fin du mois d’août, l’hebdomadaire Le Point publie aujourd’hui son palmarès des hôpitaux, avec un classement concernant les établissements publics et un second visant les cliniques privées. Peu de surprises en ce qui concerne les premiers : depuis plusieurs années, Lille et Toulouse se disputent les deux premières places, généralement suivis par Bordeaux ; 2015 ne fait pas exception. L’excellence des établissements lillois et toulousains est donc confirmée, ce dont ne cessent de se féliciter les intéressés, quand d’autres préfèrent bouder ce type de comparatifs. A Paris, on retrouve à la cinquième place, une nouvelle fois sans surprise, la Pitié Salpêtrière. Si le rang de cette dernière a pu évoluer ces dernières années, il faisait déjà figure de leader francilien en 2008. Au total, neuf hôpitaux de la capitale figurent parmi les 50 « meilleurs » établissements publics (mais le second, Georges Pompidou, n’apparaît qu’au vingt-cinquième rang). Une situation que l’on ne retrouve pas en ce qui concerne les cliniques privées : pour la première fois en effet depuis dix-huit ans, aucun établissement privé parisien n’entre dans le top 50, tandis que la première place demeure occupée par le centre hospitalier Saint-Grégoire (Ile et Vilaine). Les critères pour obtenir ce palmarès ne diffèrent guère non plus des années précédentes (activité, notoriété, part de l’ambulatoire, technicité, spécialisation, développement de la coeliochirurgie, indice de gravité des cas traités et évaluation de la mortalité), de même que les sources utilisées (questionnaires envoyés aux établissements et programme médicalisé des systèmes d’information, avec ponctuellement le recours à d’autres données).

alt

alt

alt

alt

Boulimie et anorexie : la nouveauté du cru 2015

On le sait ce classement général (au sein duquel n’apparaissent que les hôpitaux généraux) se double de nombreux palmarès par spécialités : plus de 60 comparatifs existent, dont plusieurs concernent la chirurgie ou le traitement des cancers. Chaque année, le Point enrichit l’éventail de son classement. Ainsi, après s’être intéressé l’année dernière aux hôpitaux psychiatriques, il s’est penché en 2015 sur le traitement des troubles alimentaires. En la matière, c’est le CHU de Nantes, suivi, de l’hôpital Saint Anne à Paris et du CHU de Saint Etienne qui apparaissent apporter les prises en charge les plus « satisfaisantes ». Une distinction des meilleurs qui suggère en creux l’existence d’inégalités. Les centres spécialisés dans le traitement des troubles alimentaires demeurent en effet trop rares (une trentaine) pour répondre à l’ampleur de la demande et les délais d’attente ne cessent de s’allonger. « Il est inacceptable que l’on ne prenne pas la mesure de cette pathologie qui gâche autant de vies » déplore le président d’une association de soutien aux patients atteints d’anorexie et de boulimie. La labellisation de centres experts étudiée aujourd’hui étudiée par le ministère de la Santé doit participer à combler ce manque.

Impératifs contradictoires

A l’instar de ces observations, les éléments les plus marquants du palmarès du Point (souvent critiqué) ne figurent peut-être pas dans les très nombreux classements et différentes notes attribuées aux uns et autres, mais plus probablement dans cet instantané qu’il propose de notre système de santé (français) . Et d’ailleurs, s’interroge l’hebdomadaire, est-il toujours, comme l’avait proclamé il y a quinze ans l’Organisation mondiale de la Santé, le « meilleur du monde » ? Il conserve sans doute de nombreux atouts : au premier rang desquels la confiance des usagers et la très grande compétence des professionnels de santé. D’ailleurs, certains indices suggèrent que le système continue à fonctionner de manière efficace : la réputation de nos hôpitaux et notre espérance de vie toujours parmi les plus élevées du monde. Mais dans les couloirs des hôpitaux et dans certaines zones rurales, ces satisfécits laissent de glace. Les inégalités se creusent et l’accès aux soins se serait dégradé comme en est convaincu l’économiste de la santé Dominique Tabureau. Par ailleurs, l’hôpital peine à se moderniser et à s’adapter aux nouveaux enjeux de la société. En outre, la quête légitime d’efficience se fait parfois au prix de l’indispensable « humanité ». Autant de défis que les établissements devront relever. Le malaise que l’on observe chez les médecins hospitaliers et auquel le Point consacre un reportage illustre bien la complexité et parfois la contradiction de ces différents écueils. Les personnels hospitaliers sont en effet sans cesse sous le feu d’impératifs contradictoires. Dans les lignes de l’hebdomadaire, un médecin en donne un exemple parmi d’autres : à l’heure de la canicule, il a été demandé aux hôpitaux d’éviter les fermetures de lits, alors que parallèlement on les exhorte sans relâche à privilégier la médecine ambulatoire ! D’une manière générale, parallèlement au développement d’une extrême technicité, progresse la pénurie rampante de matériels de base.

Commentaire d’ Aurélie Haroche,Paru sur Jim.fr le 20 Aôut 2015 ,

Classement des hôpitaux français selon le magazine « le point » du 20 Aôut 2015