De l’implication de quelques polymorphismes géniques dans le syndrome d’apnées obstructives du somme

Le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) est une affection respiratoire fréquente, sa prévalence étant comprise entre 2 et 4 % au sein d’une population de sujets d’âge moyen. Celle-ci ne peut d’ailleurs qu’augmenter avec celle de l’obésité à l’échelon mondial. La pathogénie du SAOS reste mystérieuse, mais comme toujours sont incriminés des déterminants à la fois génétiques et environnementaux. Selon certaines études, les facteurs génétiques pourraient expliquer jusqu’à 40 % de la variance de l’index d’apnées et d’hypopnées et ce sont les interactions entre des gènes multiples qui conduiraient à l’apparition d’un SAOS, dans un environnement «favorable».

Plusieurs polymorphismes sont suspectés et des études de SNPs (single nucleotide polymorphisms) ont d’ailleurs  conduit vers la piste de la sérotonine qui régule de nombreuses fonctions en physiologie respiratoire, notamment au travers d’interactions avec ses récepteurs 5-HT2A, 5-HT2B et 5-HT2C. Leur rôle dans la perméabilité des voies aériennes supérieures semble, à ce titre, être des plus importants et certains polymorphismes des gènes codant pour ces récepteurs ont même été mis en évidence au cours du SAOS. Les recherches s’orientent également vers la leptine et ses récepteurs (LEPR) dont les gènes codants seraient également suspectés. Cependant, aucune grande étude d’association pangénomique n’a été encore été réalisée à ce jour, et à défaut, une méta-analyse peut permettre de se faire une idée de l’état actuel des connaissances.

Cette méta-analyse a inclus 12 études traitant de la génétique du  SAOS et en particulier des polymorphismes des gènes codant pour 5-HT2A, 5-HTT et LEPR, repérées dans les bases de données médicales.  Les odds ratios (ORs) ont été calculés de manière groupée au moyen de modèles divers à effets fixes ou aléatoires. Les associations entre ces polymorphismes et le SAOS ont, pour leur part, été étudiées à l’aide de modèles dominants, récessifs et additifs.

L’allèle -1438 “A” du gène codant pour 5-HT2A a été identifié comme un facteur de risque génétique, l’OR correspondant étant estimé à 2,33 (intervalle de confiance à 95 % [IC95], 1,49-3,66). A l’inverse, chez les sujets porteurs de l’allèle -1438 “G”, le risque de SAOS s’est avéré réduit de près de 70 % par rapport aux homozygotes AA (OR=0,30 ; IC95, 0,23-0,40). L’allèle “S” du gène codant pour 5-HTTLPR a été également associé à un moindre risque de SAOS (OR=0,80, IC95, 0,67-0,95), à la différence de l’allèle “10” du 5-HTTVNTR (OR=2,08 ; IC95, 1,58-2,73).  Pour sa part, le génotyppe “GG” du gène LEPR a été associé à un risque réduit de ce syndrome, avec un OR de 0,39 (IC95, 0,17-0,88).

Cette méta-analyse qui ne porte que sur 12 études montre donc que deux polymorphismes, respectivement les allèles  5-HTR-1438 “A” et 5-HTTVNTR “10” sont significativement associés au SAOS. A l’inverses, l’allèle “S” du  gène 5-HTTLPR et le génotype “GG” du gène LEPR protégeraient de ce syndrome. L’intérêt de cette approche est de souligner l’intervention de facteurs génétiques dans la pathogénie du SAOS, ce qui n’est pas vraiment une surprise. Il appartient de confirmer ces hypothèses au travers d’une étude pangénomique de grande envergure, voire de trouver d’autres pistes.

Publié dans Jim.fr, commentaire du Dr Philippe Tellier

Référence
Baodong Qin et coll. : The Association of 5-HT2A, 5-HTT, and LEPR Polymorphisms with Obstructive Sleep Apnea Syndrome: A Systematic Review and Meta-Analysis. PLoS One. 2014; 9: e95856.