Plus que l’âge, les comorbidités influent sur les causes et le pronostic des pneumonies

Cillóniz C et coll. : Impact of Age and Comorbidity on Cause and Outcome in Community-Acquired Pneumonia. CHEST 2013; 144: 999–1007.

 L’augmentation de  l’espérance de vie a entraîné mécaniquement l’accroissement du nombre des pneumonies communautaires (PAC) chez les personnes âgées. Une équipe catalane, reconnue pour ses travaux sur les pneumonies infectieuses, s’est intéressée à l’influence de l’âge et des comorbidités sur les caractéristiques microbiennes des PAC chez les patients de plus de 65 ans.
Cette étude s’est déroulée de façon prospective et observationnelle chez des sujets adultes atteints de PAC (à l’exclusion des infections acquises en institution de soins ou maisons de retraites) sur une période de 12 ans. Les patients âgés de 65 à 74 ans, 75 à 84 ans, et de plus de 85 ans ont été comparés, au regard des comorbidités, des résultats des recherches bactériologiques,  et de l’évolution.

Un groupe de 2 149 patients a été étudié, constitué d’une majorité de femmes (62,7 %) avec un âge moyen de 78 ans. La quasi-totalité des malades (94,5 %) est hospitalisée (dont 13,5 % en soins intensifs), seulement 118 patients étant traités en ambulatoire.
La répartition par tranche d’âge est la suivante : 759(35,3 %) patients âgés de 65 à 74 ans, 941 (43,7 %) âgés de 75 à 84 ans, et 449 (20,8 %) patients de plus de 85 ans. La proportion de sujets masculins décroît avec l’augmentation de l’âge.  Au moins une comorbidité est présente chez 1 710 patients (79,6 %), la plus fréquente étant une  bronchopathie chronique.  La mortalité correspondant aux  3 sous-groupes est de 6,9 % (65-74 ans), 8,9 % (75-84 ans) et 17,1 % (>85 ans).

Un diagnostic bactériologique est obtenu dans 39,8 % des cas. Streptococcus pneumoniae est l’agent pathogène le plus fréquent dans tous les groupes  d’âge (de 39 à 49 % des isolements selon le sous-groupe) et indépendamment de toute affection chronique sous-jacente.  Les staphylocoques, les entérobactéries et Pseudomonas aeruginosa sont retrouvés dans 9,1 % des isolats alors que Haemophilus influenzae  est identifié dans 6,4 % des PAC.  A noter que ces pathogènes ne sont isolés que chez les patients ayant au moins une comorbidité.

En analyse multivariée, l’augmentation de la mortalité avec l’âge est significativement associée avec l’augmentation des comorbidités, la sévérité de la pneumonie, l’existence d’une bactériémie,  la présence d’un pathogène potentiellement résistant (S  aureus, P  aeruginosa  et entérobactéries) et  la nécessité d’une admission en soins intensifs.

Selon ces résultats, ce n’est pas l’âge qui influence la cause microbienne d’une pneumonie chez les sujets de plus de 65 ans. En revanche,  les comorbidités sont associées avec des germes spécifiques tels que H influenzae et les pathogènes éventuellement résistants. De plus, l’association de ces 2 facteurs (affections chroniques sous-jacentes  et  agents pathogènes multirésistants)  majore la mortalité.

Jim.fr par le Dr Béatrice Jourdain