Rétrospective sur les traitements de la Covid-19, une leçon pour l’avenir

Abstract

Objective To investigate the use of repurposed and adjuvant drugs in patients admitted to hospital with covid-19 across three continents. Design Multinational network cohort study. Setting Hospital electronic health records from the United States, Spain, and China, and nationwide claims data from South Korea. Participants 303 264 patients admitted to hospital with covid-19 from January 2020 to December 2020. Main outcome measures Prescriptions or dispensations of any drug on or 30 days after the date of hospital admission for covid-19. Results Of the 303 264 patients included, 290 131 were from the US, 7599 from South Korea, 5230 from Spain, and 304 from China. 3455 drugs were identified. Common repurposed drugs were hydroxychloroquine (used in from <5 (<2%) patients in China to 2165 (85.1%) in Spain), azithromycin (from 15 (4.9%) in China to 1473 (57.9%) in Spain), combined lopinavir and ritonavir (from 156 (<2%) in the VA-OMOP US to 2,652 (34.9%) in South Korea and 1285 (50.5%) in Spain), and umifenovir (0% in the US, South Korea, and Spain and 238 (78.3%) in China). Use of adjunctive drugs varied greatly, with the five most used treatments being enoxaparin, fluoroquinolones, ceftriaxone, vitamin D, and corticosteroids. Hydroxychloroquine use increased rapidly from March to April 2020 but declined steeply in May to June and remained low for the rest of the year. The use of dexamethasone and corticosteroids increased steadily during 2020. Conclusions Multiple drugs were used in the first few months of the covid-19 pandemic, with substantial geographical and temporal variation. Hydroxychloroquine, azithromycin, lopinavir-ritonavir, and umifenovir (in China only) were the most prescribed repurposed drugs. Antithrombotics, antibiotics, H2 receptor antagonists, and corticosteroids were often used as adjunctive treatments. Research is needed on the comparative risk and benefit of these treatments in the management of covid-19.

Au cours des premiers mois de la pandémie de Covid-19, plusieurs molécules ont été proposées sur la base de leur activité antivirale in vitro et malgré l’absence de preuve de leur efficacité. Le British Medical Journal publie une étude faisant le point sur les principaux traitements délivrés aux patients hospitalisés, dans des pays aussi différents que les États-Unis, la Corée du sud, l’Espagne et la Chine. L’étude porte sur plus de 300 000 patients hospitalisés entre janvier et décembre 2020. Parmi eux, environ 63 000 étaient pris en charge en soins intensifs.

Des pratiques très variables selon les pays

Le premier constat est la grande hétérogénéité dans l’utilisation de ces molécules, notamment de fortes variations dans le taux d’utilisation de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine, tant d’un point de vue géographique que temporel.
Le traitement à visée antivirale le plus « populaire » a été indéniablement l’hydroxychloroquine prescrite à seulement 2 % des patients en Chine (où 11,5 % des patients ont toutefois reçu de la chloroquine) mais à 85 % en Espagne. Les prescriptions d’azithromycine vont de 5 % en Chine à 58 % en Espagne. L’association lopinavir-ritonavir a été utilisée assez largement en Corée du Sud (34,9 %) et en Espagne (50,5 %), mais peu dans les autres pays. Cela correspond aux recommandations nationales pendant la durée de l’étude, établies sur la base de données d’efficacité in vitro. L’umifénovir, autre antiviral, est la molécule la plus prescrite, mais exclusivement en Chine (78 %). Les traitements complémentaires montrent la même hétérogénéité, les plus prescrits étant l’énoxaparine, les fluoroquinolones, la ceftriaxone, la vitamine D et les corticoïdes.

Chute de l’hydroxychloroquine, montée des corticostéroïdes

En ce qui concerne l’utilisation dans le temps, celle de l’hydroxychloroquine augmente rapidement à partir de mars et avril 2020, mais décline brutalement en mai et juin après plusieurs mises en garde contre ses effets secondaires, et reste ensuite très faible. Les variations de l’utilisation de l’azithromycine, autre molécule largement prescrite, sont plus difficiles à apprécier, les résultats de l’essai Recovery montrant l’absence de bénéfice chez les patients hospitalisés ayant été publiés seulement à la mi-décembre. En revanche, l’emploi de la dexaméthasone et des corticostéroïdes augmente régulièrement tout au long de l’année.
Les auteurs de l’étude constatent que cette hétérogénéité et ces changements rapides vont de pair avec la diffusion de l’information sur la Covid-19 (phénomène « infodémique »). Les changements de pratique sont « alignés » sur les publications d’essais de faible qualité, les tweets, les avis politiques, etc. qui ont pu influencer aussi les décisions des agences de régulation. Pour les auteurs, il sera nécessaire de réaliser une évaluation rétrospective des pratiques de prise en charge et de traitement pendant la pandémie, pour se protéger contre le recours à des traitements dont l’efficacité n’a pas été prouvée voire potentiellement délétères, durant les futures vagues pandémiques et d’autres crises de santé publique.

Article original : Prats-Uribe A. et coll. : Use of repurposed and adjuvant drugs in hospital patients with covid-19: multinational network cohort study BMJ 2021;373:n1038. doi.org/10.1136/bmj.n1038 Résumé de l’article en français par Dr Roseline Péluchon sur Jim.fr du 21/05/2021