Nouveau syndrome de pneumopathies liées au vapotage

Etats-Unis — Fin août, les Etats-Unis annonçaient 2 décès et 250 cas suspects de maladies pulmonaire graves chez des utilisateurs de cigarette électronique dans 25 Etats. Mi-septembre, le nombre de décès confirmés liés à cet étrange syndrome est désormais de six alors que 450 cas sont actuellement en cours d’investigation dans 33 états, selon les autorités américaines.

Que sait-on précisément aujourd’hui sur ces maladies pulmonaires graves dont le dénominateur commun est le vapotage ?

Dans son numéro du 6 septembre, le NEJM a publié plusieurs papiers décrivant près de 60 cas et listant un certain nombre d’hypothèses pour expliquer ce phénomène inquiétant[1,2,3,4].

Un fléau qui semble aujourd’hui épargner la France et plus largement l’Europe (Lire l’entretien avec le Pr Bertrand Dautzenberg en fin de texte) mais qui créé un vent de panique aux Etats-Unis. La polémique autour de cette nouvelle « épidémie » a même incité le gouvernement Trump à annoncer l’interdiction prochaine des cigarettes aromatisées pour contrecarrer leur succès croissant dans les collèges et lycées américains.
Emergence d’un nouveau syndrome

Dans la prestigieuse revue médicale, un rapport de 53 cas survenus dans l’Illinois et le Wisconsin[1] entre fin avril et fin août a été publié ainsi que deux lettres, l’une concernant 6 cas dans l’Utah[2] et l’autre des analyses d’imagerie[3].

Parmi les 53 cas décrits par Layden et coll., la plupart était des hommes jeunes (83%), d’âge moyen 19 ans, utilisateurs fréquents de différents types de cigarettes électroniques et de liquides (au moins 14 marques de produits dérivés de THC et 13 marques de e-liquides avec de la nicotine et contenant différents aromes). Fait notable : 84 % d’entre eux, ont rapporté vapoter des produits contenant du THC, le plus courant étant commercialisé sous le nom de « Dank Vape ».

Pratiquement tous les patients (98%) souffraient de symptômes respiratoires (souffle court, toux, douleur thoracique) et 81 % de symptômes gastro-intestinaux (nausée, vomissement, diarrhée, douleurs abdominales). Aussi, 81 % ont eu de la fièvre à un moment ou un autre et beaucoup présentaient des symptômes typiques de rhume.

En tout, 94 % des patients ont été hospitalisés 32% ont dû être intubés et ventilés, et un décès a été rapporté.

Lors de la présentation à l’hôpital, 64 % avaient une tachycardie, 43% une tachypnée, 38 % une saturation en oxygène entre 89 et 94 % et 31 % une saturation en oxygène de moins de 89%.

Aussi, 87 % avaient une hyperleucocytose (de plus de 11 000/mm3 pour 87 % d’entre eux). A l’imagerie, 91 % avaient une radio pulmonaire anormale et des opacités au niveau des deux poumons ont été retrouvées soit sur les radiographies soit sur les scanners chez l’ensemble des patients
Au final, les chercheurs ont dénombré plusieurs types de pneumonies : pneumonie aigue à éosinophiles, pneumopathie organisée, pneumonie lipidique, dommage alvéolaire diffus et syndrome de détresse respiratoire aigüe, hémorragie alvéolaire diffuse, pneumopathie d’hypersensibillité, pneumopathie interstitielle à cellules géantes.

Bien qu’aucune recommandation de traitement ne puisse être donnée à ce jour, Layden et coll. soulignent qu’avant leur hospitalisation, 45 % des patients avaient reçu des antibiotiques sans efficacité sur la progression de la maladie.

En revanche, des améliorations cliniques ont été observées avec les corticoïdes systémiques au long cours.
Une cause encore mystérieuse

Dans leur discussion, les auteurs notent : « que la ou les causes de ces maladies reste(nt) inconnue(s) et en cours d’investigation ».

Cependant, ils soulignent que les produits les plus utilisés par les patients contenaient du THC. Or, précisent-ils, des cas de pneumonies ont été rapportés auparavant avec l’huile de haschisch obtenue en injectant du butane dans de la marijuana pour extraire le THC [5,6]et avec les huiles de THC [7].

Les huiles de cannabis en cause ? C’est ce que pense aussi le Pr Bertrand Dautzenberg (tabacologue, ancien pneumologue à La Pitié Salpêtrière) qui explique que : « ici, la cigarette électronique n’a été que le vecteur d’inhalation de produits tout à fait inadaptés qui n’ont rien à voir avec les e-liquides que nous avons en Europe, notamment des huiles de cannabis ». L’expert précise que le danger au niveau pulmonaire ne viendrait pas de la molécule de THC, en elle-même, mais des lipides associés qui détruisent le surfactant des poumons.

Dans ces cas, les principaux suspects seraient les huiles de cannabis, l’huile de vitamine E utilisée pour épaissir les e-liquides, ou les solvants utilisés pour extraire le THC des plantes comme le benzène qui est un hydrocarbure aromatique monocyclique, un acide gras.

De leur côté, les autorités américaines, si elles ne privilégient aucune piste actuellement, ont aussi exprimé leur inquiétude quant à l’inhalation d’acétate de vitamine E, présent en grande quantité dans les huiles végétales et contenu dans certains liquides.

A ce stade, les rapports radiologiques auxquels ont eu accès Layden et coll. n’ont pas mis en évidence de caractéristiques de pneumonie lipidique exogène (réponse inflammatoire à la présence de lipides dans les alvéoles résultant de l’inhalation d’hydrocarbures ou de produits huileux). Mais des gouttelettes lipidiques dans les macrophages ont été retrouvées dans 7 des 14 rapports cytologiques des lavages bronchoalvéolaires réalisés, même si en quantités modérées ou faibles dans respectivement 2 et 5 cas.

En parallèle, dans la lettre publiée dans le même numéro concernant 6 cas dans l’Utah, l’auteur, Scott Aberegg et coll (Utah) ont rapporté que les six patients avaient des macrophages chargés en lipides, soulignant qu’il pourrait s’agir d’un nouveau marqueur pour ce syndrome.

L’hypothèse d’une toxicité aux lipides est donc pour l’instant la plus aboutie même si selon les auteurs, à ce stade, d’autres pistes ne peuvent pas être complètement écartées.

Ils rappellent que des études ont suggéré que le glycol, la glycérine contenus dans les e-liquides pouvaient avoir des effets toxiques [8]. Mais aussi, que des contaminants de types hydrocarbures aromatiques polycycliques, nitrosamines, composés organiques volatils et métaux (manganèse, zinc) [9,10]pourraient induire des effets secondaires. Tout comme des endotoxines, ou des composés aromatiques [10,11,12]. « Les risques pour la santé de certains de ces composés restent peu caractérisés […] seuls ou en association, ces substances peuvent induire une variété de maladies pulmonaires », soulignent-ils.

Faut-il craindre de voir arriver ce syndrome en France ?

Pr Bertrand Dautzenberg :

« Aux Etats-Unis, les cas rapportés sont en rapport avec mésusage massif de la cigarette électronique, mésusage qui n’existe pas en France.

Dans notre pays, seul un cas de pneumonie à éosinophiles a été décrit au début de l’utilisation de l’e-cigarette mais nous n’avons jamais bien su ce que la personne avait inhalé. Aussi, ces pneumonies à éosinophiles sont possibles à l’arrêt du tabac, même si elles sont très rares.

Dernièrement, en France, aucun cas comparable à ceux observés aux Etats-Unis n’a été signalé. Cela peut s’expliquer parce que dans notre pays et en Europe, nous avons des normes beaucoup plus strictes qu’aux Etats-Unis (normes AFNOR…).

En France, les produits vendus en boutique par les grandes marques sont de bonne qualité. Tous les fabricants achètent désormais des produits de qualité pharmaceutique pour le propylène glycol, la nicotine et la glycérine. Ils utilisent de l’eau distillée, de l’alcool de bonne qualité et des arômes sélectionnés.

Aussi, il y a un bon suivi en Europe contrairement à ce qui est fait aux Etats-Unis. En France, il y a 36 000 e-liquides enregistrés par l’ANSES. Ils sont enregistrés 6 mois avant d’être mis sur le marché et leur composition est consultable sur le site de l’ANSES. En outre, il existe une base de données européenne avec plus d’un million de produits enregistrés.

Enfin, il y a un cadre assez précis qui est donné par la directive européenne sur les produits du tabac qui a été publiée en 2014 et qui est appliqué maintenant en droit français. Enfin, il y a aussi un encadrement du marché qui est assez responsable. Les gens qui font du commerce de cigarette électronique en France savent que s’il y a des accidents ou des morts cela nuira à leur chiffre d’affaires, ce qui renforce la vertu. Ils sont donc très prudents.

Au final, la cigarette électronique, utilisée correctement, reste moins toxique que la cigarette classique et peut constituer une aide au sevrage tabagique. Il s’agit d’un outil efficace pour mettre au fond du poumon une substance qui peut se vaporiser, comme la nicotine. Mais, si on met du poison dedans, cela met du poison dans le poumon.»

Faut-il craindre de voir arriver ce syndrome en France ?

Pr Bertrand Dautzenberg :

« Aux Etats-Unis, les cas rapportés sont en rapport avec mésusage massif de la cigarette électronique, mésusage qui n’existe pas en France.

Dans notre pays, seul un cas de pneumonie à éosinophiles a été décrit au début de l’utilisation de l’e-cigarette mais nous n’avons jamais bien su ce que la personne avait inhalé. Aussi, ces pneumonies à éosinophiles sont possibles à l’arrêt du tabac, même si elles sont très rares.

Dernièrement, en France, aucun cas comparable à ceux observés aux Etats-Unis n’a été signalé. Cela peut s’expliquer parce que dans notre pays et en Europe, nous avons des normes beaucoup plus strictes qu’aux Etats-Unis (normes AFNOR…).

En France, les produits vendus en boutique par les grandes marques sont de bonne qualité. Tous les fabricants achètent désormais des produits de qualité pharmaceutique pour le propylène glycol, la nicotine et la glycérine. Ils utilisent de l’eau distillée, de l’alcool de bonne qualité et des arômes sélectionnés.

Aussi, il y a un bon suivi en Europe contrairement à ce qui est fait aux Etats-Unis. En France, il y a 36 000 e-liquides enregistrés par l’ANSES. Ils sont enregistrés 6 mois avant d’être mis sur le marché et leur composition est consultable sur le site de l’ANSES. En outre, il existe une base de données européenne avec plus d’un million de produits enregistrés.

Enfin, il y a un cadre assez précis qui est donné par la directive européenne sur les produits du tabac qui a été publiée en 2014 et qui est appliqué maintenant en droit français. Enfin, il y a aussi un encadrement du marché qui est assez responsable. Les gens qui font du commerce de cigarette électronique en France savent que s’il y a des accidents ou des morts cela nuira à leur chiffre d’affaires, ce qui renforce la vertu. Ils sont donc très prudents.

Au final, la cigarette électronique, utilisée correctement, reste moins toxique que la cigarette classique et peut constituer une aide au sevrage tabagique. Il s’agit d’un outil efficace pour mettre au fond du poumon une substance qui peut se vaporiser, comme la nicotine. Mais, si on met du poison dedans, cela met du poison dans le poumon.»

Faut-il craindre de voir arriver ce syndrome en France ?

Pr Bertrand Dautzenberg :

« Aux Etats-Unis, les cas rapportés sont en rapport avec mésusage massif de la cigarette électronique, mésusage qui n’existe pas en France.

Dans notre pays, seul un cas de pneumonie à éosinophiles a été décrit au début de l’utilisation de l’e-cigarette mais nous n’avons jamais bien su ce que la personne avait inhalé. Aussi, ces pneumonies à éosinophiles sont possibles à l’arrêt du tabac, même si elles sont très rares.

Dernièrement, en France, aucun cas comparable à ceux observés aux Etats-Unis n’a été signalé. Cela peut s’expliquer parce que dans notre pays et en Europe, nous avons des normes beaucoup plus strictes qu’aux Etats-Unis (normes AFNOR…).

En France, les produits vendus en boutique par les grandes marques sont de bonne qualité. Tous les fabricants achètent désormais des produits de qualité pharmaceutique pour le propylène glycol, la nicotine et la glycérine. Ils utilisent de l’eau distillée, de l’alcool de bonne qualité et des arômes sélectionnés.

Aussi, il y a un bon suivi en Europe contrairement à ce qui est fait aux Etats-Unis. En France, il y a 36 000 e-liquides enregistrés par l’ANSES. Ils sont enregistrés 6 mois avant d’être mis sur le marché et leur composition est consultable sur le site de l’ANSES. En outre, il existe une base de données européenne avec plus d’un million de produits enregistrés.

Enfin, il y a un cadre assez précis qui est donné par la directive européenne sur les produits du tabac qui a été publiée en 2014 et qui est appliqué maintenant en droit français. Enfin, il y a aussi un encadrement du marché qui est assez responsable. Les gens qui font du commerce de cigarette électronique en France savent que s’il y a des accidents ou des morts cela nuira à leur chiffre d’affaires, ce qui renforce la vertu. Ils sont donc très prudents.

Au final, la cigarette électronique, utilisée correctement, reste moins toxique que la cigarette classique et peut constituer une aide au sevrage tabagique. Il s’agit d’un outil efficace pour mettre au fond du poumon une substance qui peut se vaporiser, comme la nicotine. Mais, si on met du poison dedans, cela met du poison dans le poumon.»