Un moindre risque de cancer bronchique avec les corticoïdes inhalés dans la BPCO ?

Les corticostéroïdes inhalés (CSI) sont souvent prescrits chez les patients atteints d’un asthme ou d’une BPCO dans le cadre du traitement de fond, dès lors que la gêne fonctionnelle va crescendo et résiste aux autres moyens thérapeutiques. Il s’agit même d’une pierre angulaire dans la prise en charge de l’asthme à dyspnée paroxystique. Leur utilisation dans la BPCO est plus restreinte, de fait limitée aux formes symptomatiques sévères, volontiers associées à une hyperréactivité bronchique avec composante allergique. Quoi qu’il en soit, à partir d’un certain stade de gravité de la maladie, la corticothérapie inhalée est assez souvent associée aux  bronchodilatateurs dans le but d’améliorer le pronostic fonctionnel. Le cancer bronchique est la principale cause de mortalité chez les patients atteints d’une BPCO et, à cet égard, il semble important de connaître l’incidence des corticoïdes inhalés sur cette complication.

Un registre canadien apporte un début de réponse à cette question en suscitant du même coup des hypothèses qu’il conviendra d’explorer. Les données administratives de population générale de la Colombie-Britannique ont été exploitées à cette fin, entre 1997 et 2007. Le diagnostic de BPCO a été retenu à partir de trois prescriptions médicales en rapport avec une telle maladie chez des sujets âgés d’au moins 50 ans. L’exposition aux CSI qui a été intégrée dans le modèle des risques proportionnels de Cox apparaissait sous plusieurs formes : absence ou « jamais », durée, dose cumulée, durée cumulée pondérée et dose cumulée pondérée.

Une diminution du risque de cancer de 30 %…à confirmer

Au total, 39 676 patients (dont 53 % de femmes) répondaient aux critères d’inclusion. L’âge moyen au sein de la cohorte ainsi constituée a été estimé à 70,7 ± 11,1 ans. Au cours du suivi, ont été dénombrés 994 cancers bronchiques (2,5 %). Par rapport aux témoins qui n’avaient jamais été exposés aux CSI, il a été possible d’estimer le risque de cancer bronchique associé à ces derniers. Il s’avère que le hazard ratio correspondant a été calculé à 0,70 (intervalle de confiance à 95 %, IC 95 % : 0,61-0,80). En d’autres termes, le risque de cancer bronchique serait réduit de 30 % par l’exposition aux CSI, quelle que soit la variable utilisée pour quantifier celle-ci en termes de durée ou de dose, avec ou sans pondération.

Il va sans dire que cette information demande à être confirmée par des études longitudinales en bonne et due forme, l’exploitation de bases de données administratives ne pouvant servir qu’à générer des hypothèses précieuses en recherche clinique…

Article paru dans Jim.fr . Commentaire du Dr Philippe Tellier

Référence
Raymakers AJN et coll. : Inhaled corticosteroids and the risk of lung cancer in chronic obstructive pulmonary disease (COPD): a population-based cohort study. Eur Respir J., 2019 ; publication avancée en ligne le 7 avril.