Exacerbation d’asthme aux urgences : intérêt de l’association d’un anticholinergique à un agoniste ß

Les sujets en proie aux crises d’asthme aiguës sont généralement traités aux urgences par des agonistes ß-2 de courte durée d’action et par des corticoïdes. Les anticholinergiques présentent l’intérêt d’avoir une action synergique et de bénéficier d’une demi-vie plus longue. Une revue Cochrane s’est intéressée au sujet en analysant les résultats des études ayant évalué l’ajout d’un anticholinergique à un agoniste ß-2, versus un agoniste ß-2 seul, chez des sujets pris en charge aux urgences pour exacerbation d’asthme.

Méthodologie

  • Les données de cette revue systématique ont été collectées à partir de différentes bases de données, notamment Medline, Embase, Scopus, entre 1946 et 2015.
  • Les études sélectionnées incluaient des essais cliniques randomisés ou contrôlés comparant des associations d’agonistes ß-2 et d’anticholinergiques inhalés à des agonistes ß-2 inhalés seuls chez des patients se présentant aux urgences médicales pour épisode d’exacerbation d’asthme.
  • Les critères d’évaluation étaient constitués de l’hospitalisation et de l’évolution de la fonction pulmonaire.    

Résultats

  • 23 études pertinentes ayant inclus un total de 2.724 adultes, ont été retenues pour cette analyse systématique de la littérature.
  • Toutes les études incluses ont comparé l’utilisation d’un agoniste ß-2 de courte durée d’action associé à un anticholinergique de courte durée d’action en inhalation, à un agoniste ß-2 de courte durée d’action seul.
  • L’anticholinergique était le bromure d’ipratropium dans 19 études. Les autres études ont utilisé soit de l’atropine, soit du bromure d’oxitropium. L’albutérol était l’agoniste ß-2 le plus utilisé.
  • La plupart des traitements ont été délivrés par nébuliseur, bien que 7 études aient utilisé un aérosol doseur.
  • Dans l’ensemble, l’ajout d’un anticholinergique à un agoniste ß-2 de courte durée d’action a été associé à une diminution du risque d’hospitalisation (Risque Relatif (RR) 0,72 [IC95% : 0,59 – 0,87] sur n =2.120 participants ; n =16 études ; I² =12% ; preuves de qualité modérée). Les auteurs ont estimé que 65 patients ne nécessiteraient pas d’hospitalisation après avoir reçu un traitement inhalé combiné aux urgences.
  • L’ajout d’un anticholinergique à un agoniste ß-2 de courte durée d’action a été associé à une amélioration de la fonction pulmonaire, à la diminution du taux de rechute (entre 24 heures et 2 semaines), et à un risque accru d’évènements indésirables légers, qui comprenaient des symptômes tels que la bouche sèche, le tremblement et l’anxiété.

Limitations

  • Un seul essai a été jugé à faible risque de biais, les autres étaient à risque élevé ou à risque de biais indéterminé.
  • Nombreuses études incluses étaient de faible envergure, et hétérogènes dans le profil des patients, les doses de traitement, les critères d’hospitalisation.

Financements

Plusieurs études étaient financées par l’industrie pharmaceutique.

À retenir

Ces résultats suggèrent que l’ajout d’un anticholinergique à un agoniste ß-2 chez des patients se présentant aux urgences médicales diminuerait le taux global d’hospitalisation, améliorerait la fonction pulmonaire et diminuerait le taux de rechute, en augmentant cependant le risque d’évènements indésirables légers. L’hétérogénéité des études incluses invite à la réalisation d’études randomisées de bonne qualité méthodologique pour confirmer ces résultats.

Gottlieb M et al. Do Inhaled Anticholinergic Agents in Addition to β-Agonists Improve Outcomes in Acute Asthma Exacerbations? Ann Emerg Med. 2017 Apr 7. pii: S0196-0644(17)30206-8. doi: 10.1016/j.annemergmed.2017.02.026.

Kirkland SW, Vandenberghe C, Voaklander B, et al. Combined inhaled beta-agonist and anticholinergic agents for emergency management in adults with asthma. Cochrane Database Syst Rev. 2017;(1):CD001284.