Peut on prescrire des béta-bloquants sans crainte aux asthmatiques ?

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L’asthme et les maladies cardiovasculaires sont des pathologies fréquemment associées. Les béta-bloquants qui ont pour propriété de réduire la fréquence cardiaque et la pression artérielle, et de diminuer la fraction d’éjection ventriculaire gauche, sont indiqués en première intention dans le traitement de l’hypertension et de l’angor. Parmi cette classe thérapeutique, certaines molécules dites cardiosélectives ont un effet inhibiteur uniquement sur les récepteurs β1.

L’emploi des béta-bloquants cardiosélectifs chez les asthmatiques ne fait pas l’unanimité dans les recommandations cliniques et nationales. Alors que certaines suggèrent leur utilisation au cas par cas, d’autres le déconseillent dans cette population. Dans les essais cliniques, les béta-bloquants cardiosélectifs sont relativement bien tolérées chez les patients asthmatiques, et entraînent d’éventuels effets secondaires respiratoires qui dépendent du degré de cardiosélectivité, de la dose administrée et de la réponse individuelle. En conditions de vie réelle par contre, les données de tolérance manquent.

Une étude cas-témoins a été menée au Royaume-Uni à partir d’une cohorte de 35 502 adultes traités pour un asthme et des maladies cardiovasculaires. L’objectif était de comparer l’incidence des exacerbations sévères (hospitalisations ou décès) et modérées (recours à un corticoïde per os de courte durée) de l’asthme chez les sujets exposés ou non à un béta-bloquant (prescription dans les 2 derniers mois). Au cours des 10 ans de suivi, 5 017 patients ont reçu un béta-bloquant cardiosélectif (aténolol ou bisoprolol) et 407 un béta-bloquant non sélectif (sotalol ou carvedilol). Au total il y a eu 608 cas d’exacerbations sévères et 4 234 modérés. Les patients concernés ont été comparés à des témoins appariés selon l’âge, le sexe et l’année d’inclusion.

Aggravation de l’asthme avec les non sélectifs uniquement

Les analyses montrent ainsi que l’exposition à un béta-bloquant cardiosélectif n’est pas associée au risque d’aggravation sévère ou modérée de l’asthme, indépendamment des facteurs de confusion potentiels (antiasthmatiques, infection respiratoire, tabagisme, indice de masse corporelle, âge…). Il n’y a pas non plus d’effet en fonction de la dose ni de la durée d’exposition au béta-bloquant.

Par contre, l’exposition à un béta-bloquant non sélectif est associée à risque accru d’exacerbation modérée de l’asthme en cas d’initiation à faible dose (ratio d’incidence, IRR : 5,16 ; intervalle de confiance à 95 %, IC à 95 %, : 1,83-14, 5), et d’exacerbation modéré et sévère en cas d’administration chronique à forte dose (IRR : 2,7 ; IC 95 % 1,08-6,6 et IRR 12,1 ; IC à 95 % 1,02-144 ; respectivement).

Des analyses complémentaires prenant en compte des facteurs dépendants du temps d’une part, et de l’exposition aux nitrates d’autre part, donnent les mêmes résultats.

Cette étude confirme, en conditions de vie réelle, les résultats quelque peu attendus, d’une absence de risque lié à l’administration de béta-bloquants cardiosélectifs, et d’une augmentation du risque d’aggravation d’asthme avec les béta-bloquants non sélectifs. Ces résultats suggèrent, selon les auteurs, que la prescription de béta-bloquants cardiosélectifs devrait davantage être envisagée chez les patients asthmatiques répondant à leurs indications.

Morales DR et coll. : Respiratory effect of beta-blockers in people with asthma and cardiovascular disease: population-based nested case control study. BMC Med. 2017 ; Publication avancée en ligne le 27 Janvier. Doi: 10.1186/s12916-017-0781-0
article original : https://bmcmedicine.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12916-017-0781-0