Diagnostiquer le syndrome d’apnées obstructives du sommeil à domicile ?

Le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) est réputé pour sa haute prévalence et les difficultés de son diagnostic positif, mais aussi pour la lourde morbi-mortalité cardiovasculaire. La méthode de référence est l’enregistrement polysomnographique du sommeil qui se pratique en centre spécialisé, avec une prise en charge par des experts du domaine, ce qui apparaît relativement lourd. Peut-on faire aussi bien en recourant à des moyens plus modestes ? Il existe en pratique un test diagnostique ambulatoire réalisable au domicile du patient au moyen d’un appareil dont la taille est proche de celle d’un smartphone, lequel judicieusement connecté à quelques capteurs périphériques, permet d’enregistrer notamment la SaO2 et les débits respiratoires durant le sommeil. La simplicité du montage qui n’est pas sans rappeler le holter cardiaque mérite d’être soulignée et s’il existe quelque doute sur son efficacité au sein d’une population non triée sur le volet, il convient de se pencher sur les résultats d’une étude prospective, dans laquelle ont été inclus 191 patients vivant au sein de la communauté.

La prévalence du SAOS qui avait été évoqué dans tous les cas a été in fine de 56,5 %, un chiffre bien inférieur à celui des séries habituelles, où l’on frise le plus souvent les 80 à 90 % ce qui constitue une probabilité pré-test très élevée. Dans cette étude, l’intervention d’un pneumologue spécialiste du SAOS a servi de référence, l’objectif étant d’évaluer les performances de ce test diagnostique ambulatoire indépendamment de tout avis spécialisé, non seulement dans la détection du syndrome, mais aussi dans l’évaluation de sa sévérité. La comparaison entre les deux approches a reposé sur un test de Pearson, une analyse de Bland-Altman et un test du kappa. L’influence des probabilités pré-test sur les résultats a également été prise en compte.

A peine 6 % de diagnostics ratés

Les conclusions diagnostiques du test sans recours à un avis spécialisé n’ont conduit qu’à 5,8 % de faux-négatifs. Pour ce qui est de la sévérité du SAOS, il apparaît que 16,8 % des participants ont été inclus dans des catégories qui n’étaient pas les leurs, l’expert étant à cet égard plus performant, ce qui ne saurait surprendre face à certaines situations cliniques complexes. Les désaccords constatés n’ont été influencés ni par la probabilité a priori du diagnostic, ni par la tendance à la somnolence diurne.

Cette étude suggère que le diagnostic positif de SAOS est accessible à un test ambulatoire réalisable au domicile du patient, avec une exactitude correcte, corroborée par l’avis d’un spécialiste du domaine, indépendamment de la probabilité pré-test. Pour ce qui est de la sévérité du syndrome, les performances sont un peu moins bonnes, mais très honorables et, dans ce cas de figure, la prise en charge spécialisée apparaît nécessaire.

Publié sur Jim.fr le 27/09/2016, commentaire du Dr Philippe Tellier

Référence :

Aurora RN et coll. : Agreement Between Results of Home Sleep Testing for Obstructive Sleep Apnea with and Without a Sleep Specialist. Am J Med., 2016; 129 :725-30.