Points forts de l’ERS – Londres 2016

Points forts de l’ERS Londres 2016

Comment évaluer la probabilité de réponse aux corticoïdes inhalés chez les asthmatiques ?

Pour apprécier la probabilité de réponse aux corticoïdes inhalés chez les asthmatiques et assurer une bonne gestion de la maladie, mieux vaut se fier au taux d’éosinophiles dans les expectorations (ou à la fraction exhalée de NO).

En revanche, le taux d’éosinophilie sanguine semble être un meilleur paramètre chez les patients pour lesquels un traitement par inhibiteur de l’interleukine-5 est envisagé ou mis en place.

Communication présentée par Louis R : Introduction talk: Guiding treatment strategies in asthma: Which is best recipe ? Rapporteur Jean-Claude Lemaire

ACOS versus BPCO, surtout des similitudes !

Au sein de la cohorte française « Initatives BPCO » riche des données de 998 patients, les investigateurs ont repéré 129 sujets chez qui un diagnostic d’asthme avait également été posé, ce qui en faisait des sujets présentant un ACOS (Asthma-COPD Overlap Syndrome).

La sévérité clinique (dyspnée, exacerbations, comorbidités et qualité de vie) et le pronostic (mortalité) de ces patients n’étaient pas significativement différents de ce qui était observé chez les patients souffrant de BPCO « pure ».

Contrairement à ce que certaines études ont pu laisser penser, il ne semble donc pas que les sujets ayant à la fois un asthme et une BPCO aient un pronostic plus sombre que les sujets dont la BPCO est « pure », ce qui fait se poser la question de la réalité et/ou de l’intérêt d’un phénotype distinct pour l’ACOS.

Auteurs Caillaud D et coll. : Asthma-COPD overlap syndrome (ACOS) versus « pure » COPD: A distinct phenotype ?











Fibrose pulmonaire en cas de discordance entre le scanner et la biopsie

Mieux vaut éviter la prescription de prednisone aux patients chez qui on soupçonne une fibrose pulmonaire et pour lesquels il y a discordance entre les données du scanner haute résolution (images non évocatrices d’une fibrose interstitielle usuelle [UIP] et donc faisant évoquer une pathologie interstitielle non spécifique [NSIP]) et les données de la biopsie pulmonaire en faveur d’une UIP.

Sur une population de 59 patients de ce type, la prescription pendant 6 mois de prednisone s’est accompagnée chez 32 sujets (pour lesquels les données étaient disponibles) d’une perte moyenne de capacité vitale (CV) de 20,3 %.

Par ailleurs, plus des deux tiers des patients n’ont pas répondu de façon positive à la prednisone (déclin de la CV > 5 % ou décès dans les 6 mois) et les effets secondaires sérieux ont été nombreux lors des 3 premiers mois de traitement (12 décès ou admissions).

Le message semble donc être qu’en cas de doute, mieux vaut « croire la biopsie pulmonaire » et s’orienter vers un traitement antifibrotique

Auteurs: Wiertz I et coll. : Negative outcome of prednisone in possible idiopathic pulmonary fibrosis

Eosinophilie, à surveiller également dans la BPCO

Tout a commencé avec des analyses rétrospectives d’essais menés chez des patients souffrant de BPCO et qui suggéraient que le taux/niveau inital d’éosinophiles dans le sang pouvait prédire la réponse à une corticothérapie inhalée. Cependant, une des limites de cette observation était que les études considérées n’étaient pas forcément comparables, ce qui rendait un peu fragiles les conclusions que l’on pouvait tirer de ces analyses post-hoc.

Impact de l’ajout d’un ICS

A Londres, Salman H. Siddiqui (Leicester, Royaume-Uni) a présenté les résultats d’une telle analyse post-hoc effectuée sur les données de 3 essais cliniques ayant un design identique et comparant des traitements par ß2-agonistes à longue durée d’action (LABA), pris isolément, ou accompagnés d’une corticothérapie inhalée (ICS). Il s’agissait de deux essais vilantérol seul versus vilantérol + furoate de fluticasone et d’un essai formotérol seul versus formotérol + dipropionate de béclométhasone.

Les investigateurs ont recherché l’impact du nombre absolu d’éosinophiles dans le sang, documenté lors de l’inclusion dans les études, sur le risque de survenue d’exacerbations modérées pendant une période de suivi allant de 48 à 52 semaines selon les essais.

Les trois essais donnent des résultats concordants à savoir que, pour les sujets traités par LABA seuls, plus le nombre initial d’éosinophiles est élevé, plus le risque d’exacerbations est élevé (relation continue sans seuil de déclenchement ou de décrochage). Cette association n’est pas retrouvée chez les patients traités par une combinaison LABA/ICS.

Ce travail montre également que ce sont les sujets dont le nombre initial d’éosinophiles est élevé qui tirent le meilleur profit de la corticothérapie inhalée (réduction des exacerbations et amélioration de la fonction pulmonaire). 

Impact de la suppression d’un ICS

Des résultats du même type émanent d’une analyse post-hoc de l’étude WISDOM présentée par Peter Calverley (Liverpool, Royaume-Uni). Pour mémoire, cette étude évaluait l’impact de l’arrêt progressif d’une corticothérapie inhalée par fluticasone chez des patients présentant une BPCO sévère recevant un traitement par salmétérol (LABA) et tiotropium (LAMA pour long acting muscarinic antagonist). Les résultats présentés à Londres suggèrent que seule une minorité de patients (4 %) traités de façon optimale par une association de bronchodilatateurs à longue durée d’action (LABA/LAMA) tirent réellement profit de l’ajout d’un ICS. Il s’agirait des patients qui se caractérisent par des antécédents d’exacerbations fréquentes (≥ 2 au cours de l’année précédant leur enrôlement dans l’étude) et qui ont plus de 400 éosinophiles/µl dans le sang.

En pratique et pour l’instant

Pris dans leur ensemble ces données consolident l’idée que les éosinophiles pourraient bien être un biomarqueur utile dans la prise en charge de la BPCO s’il se confirme que leur taux et/ou leur nombre permet de repérer le sous-groupe de patients chez qui l’ajout d’un ICS peut être bénéfique. Ce qui veut dire, en envisageant la question dans l’autre sens, éviter les prescriptions qui ont toute chance d’engendrer plus de risques que de bénéfices.

Les énormes implications cliniques et financières de ces travaux expliquent l’intensité du débat au sein de la communauté scientifique et des firmes pharmaceutiques et n’en doutons pas généreront encore de multiples travaux, et d’âpres discussions d’experts en l’attente d’éventuelles données prospectives randomisées dont on n’entend guère parler pour le moment.

Obésité et asthme : des relations complexes

Grâce aux multiples registres administratifs dont sont dotés les pays scandinaves, une  équipe danoise a pu évaluer l’impact de l’IMC dans l’enfance (7 à 13 ans)  sur les admissions hospitalières pour asthme à l’âge adulte. Le moins que l’on puisse dire est qu’il n’y a pas égalité des sexes.

Chez les filles, le risque relatif maximal (+ 39 %) est observé pour les IMC indiquant un surpoids à 13 ans. Chez les garçons, c’est la situation inverse qui est observée : le risque relatif maximal (+ 24 %) concerne les sujets dont l’IMC est inférieur à la normale et la corrélation la plus forte concerne les IMC mesurés à l’âge de 12 ans.

Les faits sont les faits, mais cela méritait-il un late breaking abstract et une présentation lors de la seule conférence de presse officielle de cet ERS 2016 ?

Suppli Ulrik C et coll. : Body mass index at school age and hospital admissions for asthma in early adulthood: A prospective study of 321,830 children.


Un nouvel effet du réchauffement climatique

Le croisement des données de 563 patients admis dans un des hôpitaux de Berlin pour exacerbation de BPCO durant les mois d’été (juin à août) lors des années 2006, 2010, 2011 et 2012 avec les données météorologiques locales et nationales sont formelles ! Il existe une corrélation significative entre le niveau de température extérieure et le nombre d’hospitalisations journalières.

Dans ce travail, la température maximale moyenne pour laquelle il a été constaté le plus d’hospitalisations était de 29,6°C alors que celle associée au minimum d’hospitalisations était de 24,1°C. Pour mémoire, cet été nous avons parfois frôlé,voir dépassé les 40°C…


BPCO : l’activité physique bénéfique pour le poumon et…le moral !

« Se bouger la santé ». Un slogan auquel les patients souffrant de BPCO devraient se plier. En effet, un travail néerlando-suisse montre, sur plus de 400 sujets souffrant de BPCO, que l’activité physique ne profite pas qu’à la fonction pulmonaire, elle diminue également de 10 à 15 % le risque de dépression et les manifestations d’anxiété. Un résultat loin d’être négligeable si l’on se rappelle que ces troubles de l’humeur concernent jusqu’à 40 % des patients BPCO, soit une prévalence quadruple de celle de la population générale.

Yu T et coll. : Physical activity and risk of comorbidities in patients with chronic obstructive pulmonary disease.
European Respiratory Society congress 2016 (Londres) : 3-7 septembre 2016.

Des résultats significatifs pour le benralizumab dans l’asthme sévère

CALIMA et SIROCCO sont deux études de phase 3 randomisées contrôlées et menées en double aveugle dont l’objectif était d’évaluer l’efficacité et la sécurité d’emploi du benralizumab chez des patients ayant un asthme sévère non contrôlé. Pour rappel, le benralizumab est un anticorps monoclonal dont la cible est le récepteur de l’interleukine-5.

Les deux études indiquent que les injections de benralizumab administrées en sus d’un traitement par corticoïde inhalé et bronchodilatateur à longue durée d’action permettent de diminuer l’incidence des exacerbations de 30 à 50 % chez des asthmatiques sévères non contrôlés. Il a également été rapporté une amélioration de la fonction pulmonaire et une diminution des symptômes témoignant d’une amélioration du contrôle de la maladie.

Dans chacun de ces deux essais ayant enrôlé 1 306 (CALIMA) et 1 209 (SIROCCO) patients, 4 d’entre eux ont présenté un effet secondaire sérieux considéré comme en relation avec le traitement.

Ces deux essais ont été mis en ligne par The Lancet conjointement à leur présentation à l’ERS.

Bleecker E et coll. : Late-breaking abstract: Benralizumab provides significant improvements for patients with severe, uncontrolled asthma: SIROCCO Phase III results.

FitGerald J et coll. : Late-breaking abstract: Benralizumab reduces exacerbations in severe, uncontrolled asthma: Results of the phase III CALIMA trial.

D’après la conférence de presse officielle du congrès de l’ERS Londres 2016 Rapportée par le Dr Jean-Claude Lemaire