Asthme et paracétamol : La fin d’un amalgame ?

Depuis une quinzaine d’années, diverses publications, le plus souvent de type observationnel,  ont fait état d’un lien entre prise de paracétamol et risque d’apparition ou d’exacerbation d’un asthme. Mais en raison des multiples facteurs de confusion possibles (notamment parce que les infections respiratoires saisonnières constituent à la fois une cause d’exacerbation d’un asthme et une des premières indications de la prise de paracétamol), la question ne pouvait être tranchée que par un essai randomisé.

C’est ce qu’on entrepris des praticiens nord-américains qui ont randomisé en double aveugle 300 enfants de 12 à 59 mois souffrant d’un asthme persistant de faible intensité entre la prise à la demande (pour de la fièvre ou des douleurs) de paracétamol ou d’ibuprofène pendant une durée de 48 semaines (1). Un essai paracétamol contre placebo, qui en théorie aurait permis une conclusion définitive de la polémique, n’a pas été jugé possible ou éthique. Parallèlement ces enfants recevaient un traitement standard destiné à contrôler leurs symptômes.

Le critère principal de jugement était le nombre d’exacerbations de l’asthme nécessitant un traitement par corticoïdes par voie générale.

En moyenne les enfants ont reçu 5,5 doses de l’un des deux médicaments étudiés durant l’essai.

Pas de différence entre paracétamol et ibuprofène

Sur le critère principal comme sur tous les critères secondaires de jugement (jours sans asthme, utilisation d’albutérol, consultation  non programmée pour symptômes asthmatiques) aucune différence significative n’a été constatée entre les deux groupes. Ainsi par exemple 0,81 exacerbations de l’asthme ont été dénombrées en moyenne dans le groupe paracétamol contre 0,87 dans le groupe ibuprofène (p = 0,67).

En toute rigueur cette étude ne permet pas d’exclure formellement un effet défavorable des deux médicaments sur l’évolution de l’asthme, mais cette hypothèse est peu vraisemblable notamment car les taux d’exacerbations constatés sont tout à fait en phase avec ceux retrouvés dans d’autres études.

En pratique, compte tenu des familles de produits dont nous disposons pour traiter la fièvre et/ou les douleurs d’intensité légère à modérée chez l’enfant, cet essai est tout à fait rassurant sur la prescription de paracétamol chez l’enfant asthmatique. Enfin la question de savoir si la prise de paracétamol (en période pré ou post natale) favorise ou non la survenue d’une maladie asthmatique ne pouvait bien sûr être tranchée par ce travail qui n’incluait que des enfants asthmatiques. Elle ne pourrait l’être que par un autre essai clinique de très grande ampleur incluant des femmes enceintes et des nourrissons en bonne santé qui paraît irréalisable (2).

Article publié Jim.fr du 23/08/2016 . Commentaire duDr Anastasia Roublev

Références
1) Sheehan WJ et coll.: Acetaminophen versus ibuprofen in young children with mild persistent asthma. N Engl J Med 2016; 375: 619-630.
2) Litonjua AA : Acetaminophen and asthma. A small sigh of relief. N Engl J Med 2016; 375: 684-685.