Ces fumeurs symptomatiques sans BPCO qui toussent pourtant

La définition de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) correspond à une mesure bien précise du rapport de Tiffeneau (VEMS/CV), qui doit être inférieur à 70% pour affirmer le diagnostic. Ne sont donc considérés comme atteints que les patients répondant à cette définition. Il n’est pas rare toutefois, que des fumeurs n’ayant pas d’obstruction ainsi définie, soient symptomatiques, et présentent une toux, des expectorations, voire une dyspnée.

C’est la raison pour laquelle une équipe états-unienne a réalisé une étude comparant l’état de santé de fumeurs, actuels ou anciens, selon qu’ils présentent ou non ces symptômes. Une cohorte de plus de 2 000 personnes de 40 à 80 ans a été recrutée. Les uns n’avaient jamais fumé et étaient en bonne santé, avec des épreuves fonctionnelles respiratoires normales (n=199), les autres étaient d’actuels ou d’anciens fumeurs, avec une consommation de tabac d’au moins 20 paquets-années, certains présentant une BPCO légère à modérée (n=963), les autres sans BPCO (n=849). L’objectif était de déterminer si les patients symptomatiques avaient des résultats différents des non symptomatiques, en termes de test de marche de 6 minutes, de fonction respiratoire ou d’imagerie (scanner thoracique). Le suivi médian de ces personnes a été de 829 jours.

Un épaississement pariétal des voies aériennes

La moitié des fumeurs dont la fonction pulmonaire était préservée avaient des symptômes respiratoires, une proportion légèrement inférieure à celle des fumeurs qui avaient une BPCO de grade 1 ou 2, mais largement supérieure à celle des sujets n’ayant jamais fumé.

Au cours du suivi, leur taux annuel d’exacerbations était supérieur à celui constaté chez ceux n’ayant jamais fumé, ce qui ne constitue pas réellement une surprise, mais supérieur aussi à celui des fumeurs non symptomatiques (0,27 par an vs 0,03 et 0,08, respectivement). Leur distance de marche en 6 minutes était réduite et leurs performances aux épreuves fonctionnelles respiratoires sont inférieures à celles des fumeurs asymptomatiques.

Quant aux images recueillies au scanner, si elles ne laissaient pas apparaître plus d’emphysème que chez les patients asymptomatiques, elles ont toutefois révélé la présence d’un épaississement pariétal des voies aériennes.

Les auteurs notent enfin que ces patients symptomatiques, bien que n’étant pas reconnus comme atteints de BPCO, utilisent régulièrement des bronchodilatateurs (42 %) et des corticoïdes inhalés (23 %), remarquant que ce type de prise en charge n’a pas fait la preuve de son efficacité au cours d’essais cliniques dans cette catégorie de patients qui paraît largement sous-étudiée.

Publié sur Jim.fr du 18/05/2016. Commentaire du Dr Roseline Péluchon

Référence
Woodruff P.G. et coll. : Clinical Significance of Symptoms in Smokers with Preserved Pulmonary Function. N Engl J Med, 2016 ; 374 :1811-1821.