Le dupilumab, bientôt un nouveau traitement pour l’asthme sévère ?

Un récent essai de phase 2a a montré l’efficacité du dupilumab chez certains patients atteints d’asthme sévère. Anticorps monoclonal dirigé contre la sous-unité α du récepteur de l’interleukine 4, le dupilumab inhibe à la fois la voie de l’interleukine 4 et de l’interleukine 13. Les patients inclus dans cet essai avaient été sélectionnés sur leur taux d’éosinophiles ≥ 300/mm3, témoin d’une inflammation de type 2/Th, dans laquelle les cytokines (particulièrement les interleukine 4, 5 et 13) jouent un rôle reconnu.

L’essai a donc été poursuivi, par une étude pivot internationale de phase 2b, randomisée en double aveugle contre placebo. Au total 769 patients asthmatiques ont été inclus, cette fois quel que soit leur taux initial d’éosinophilie. Ils étaient traités par des doses moyennes à élevées de corticoïdes inhalés et un agoniste β2 à longue durée d’action. Ils devaient aussi avoir eu au moins 1 traitement par corticoïde systémique (oral ou parentéral) au cours de l’année précédente ou avoir nécessité une hospitalisation pour exacerbation. Les patients ont reçu le dupilumab (n = 611), 200 mg ou 300 mg, toutes les 2 semaines ou toutes les 3 semaines, ou un placebo (n = 158), pendant 24 semaines et l’efficacité du traitement a été évaluée sur l’évolution du VEMS1 (volume expiré maximal en 1 seconde).

Une injection toutes les deux semaines

Sur la totalité de la cohorte et quel que soit le taux d’éosinophiles, le meilleur résultat est obtenu avec le dupilumab administré à la dose de 300 mg toutes les 2 semaines : ceci est associé à une amélioration du VEMS1 de plus de 17 % après 24 semaines de traitement, amélioration 10 fois supérieure à celle observée avec le placebo. Les autres modalités de traitement (200 mg toutes les 2 ou toutes les 4 semaines, 300 mg toutes les 4 semaines) sont associées elles aussi à une amélioration significative du VEMS1. Le risque d’exacerbations est réduit de plus de 70 % avec la dose la plus élevée, dans l’ensemble de la population et baisse aussi dans les autres protocoles. L’efficacité reste significative dans les 2 sous-groupes de patients que le taux d’éosinophiles soit supérieur ou non à 300/μl.

Quant aux effets indésirables observés, ils consistent principalement en réactions aux points d’injection, retrouvés chez 18 % des patients sous dupilumab contre 13 % avec le placebo. Le taux d’infections opportunistes, notamment respiratoires, est équivalent à celui constaté sous placebo.

Ces résultats très prometteurs viennent s’ajouter à ceux d’essais montrant l’efficacité du dupilumab dans 2 autres maladies systémiques en lien avec une inflammation de type 2/Th, la dermatite atopique et la sinusite chronique symptomatique avec polypose nasale, ces pathologies pouvant parfois être associées chez un patient, reflétant sans doute une même condition systémique.

Publié sur Jim.fr du 03/05/2016 . Commentaire du Dr Roseline Péluchon

Référence
Wenzel S et coll. : Dupilumab efficacy and safety in adults with uncontrolled persistent asthma despite use of medium-to-high-dose inhaled corticosteroids plus a long-acting β2 agonist: a randomised double-blind placebo-controlled pivotal phase 2b dose-ranging trial. Lancet, 2016 ; publication avancée en ligne le 26 avril. doi.org/10.1016/S0140-6736(16)30307-5