L’OMS demande instamment l’interdiction de la vente de cigarettes électroniques aux mineurs

La question des bénéfices et des risques liés à la cigarette électronique est très controversée. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) appelle désormais à l’interdiction de la vente aux mineurs. Une déclaration publiée par l’American Heart Association dans la revue « Circulation » va dans le même sens : en conséquence, les cigarettes électroniques doivent être considérées à l’instar des autres produits du tabac et être soumises à des réglementations strictes.

Selon l’OMS, la vapeur aromatisée enrichie à la nicotine qui est inhalée par un utilisateur de cigarette électronique représente un « risque sérieux » pour les fœtus et les adolescents. Elles sont « probablement moins nocives » que les vraies cigarettes, mais tant qu’il n’a pas été prouvé qu’elles ne sont pas nocives pour les autres, les cigarettes électroniques doivent être bannies des lieux publics intérieurs, indique l’OMS dans sa déclaration.

L’American Heart Association est du même avis, puisqu’elle recommande une interdiction fédérale de la vente aux mineurs, et l’inclusion des cigarettes électroniques dans les lois déjà en vigueur qui s’appliquent aux produits du tabac. Les raisons en sont non seulement les conséquences sur la santé des individus, incertaines à ce jour, mais également le fait que la cigarette électronique pourrait représenter un nouveau facteur d’addiction à la nicotine chez les adolescents. Une absence de réglementations peut également avoir un impact négatif sur le succès des campagnes de lutte contre le tabagisme menées ces dernières années.

L’OMS souligne en outre qu’aucune étude ne confirme que les cigarettes électroniques aident les fumeurs à arrêter de fumer. L’American Heart Association propose également que les médecins ne recommandent plus systématiquement les cigarettes électroniques comme principale méthode pour arrêter de fumer. Ils ne doivent toutefois pas en déconseiller l’utilisation aux patients qui rejetent les autres méthodes ou pour qui ces dernières se sont avérées inefficaces.

 

Article complet en anglais à télécharger sur http://circ.ahajournals.org/  by gest august on August 31,2014

La cigarette électronique au banc des accusés

L’AHA et le CDC dénoncent la e-cigarette

Dallas, le mardi 26 août 2014 – Par un avis publié dimanche sur son site internet, l’American Heart Association (AHA) vient de lancer un appel pour une stricte réglementation des cigarettes électroniques dont l’interdiction de vente aux mineurs et une limitation des publicités. Le CDC (Center for Disease Control) a fustigé quant à lui lundi la dangerosité d’un produit qui favoriserait le passage à la cigarette traditionnelle.

Pour l’AHA, cigarette traditionnelle  et électronique : même combat

Pour établir ses recommandations l’American Heart Association s’est basée sur une revue de la littérature réalisée par 10 chercheurs sous l’égide de Aruni Bhatnagar (Université de Louisville dans le Kentucky).

La e-cigarettes est tout d’abord déclaré dangereuse par l’institution car elle cible les jeunes et peut installer une dépendance à la nicotine, et menace de « re-normaliser » l’usage du tabac, ce produit étant présenté comme « cool et sexy » par les fabricants. 

Pour l’organisation, l’e-cigarette, contenant de la nicotine, devraient être soumise aux lois qui s’appliquent aux produits du tabac. L’AHA recommande ainsi des lois strictes pour réduire le marketing et les publicités qui ciblent les jeunes et se positionne contre l’utilisation d’arômes dans ces cigarettes. Elle presse aussi la FDA (Food and Drug Administration) de finaliser les réglementations fédérales d’ici la fin de l’année prévenant que « tout délai supplémentaire aura des conséquence sur la santé publique ».Notamment en raison de la  présence de produits chimiques potentiellement toxiques, rappelant en outre que les fabricants peuvent ne pas divulguer tous les ingrédients utilisés.

« Au cours des 50 dernières années, 20 millions d’Américains sont morts à cause du tabac. Nous sommes farouchement déterminés à empêcher l’industrie du tabac d’entraîner à la dépendance une autre génération », a résumé Nancy Brown, présidente de l’American Heart Association.

« La nicotine est un produit chimique dangereux et très addictif, peu importe la forme qu’elle prend » a renchéri Elliott Antman, de l’Harvard Medical School

La remise en cause des « bienfaits » de l’e-cigarette

Les données actuellement disponibles et généralement admises suggèrent que les e-cigarettes semblent être moins nocives que les cigarettes traditionnelles et qu’elles permettent, dans certains cas d’aider à l’arrêt du tabagisme.

Quant à la faible dangerosité de la cigarette électronique, l’AHA demeure sceptique, faisant valoir que ces observations sont fondées sur un nombre limité de travaux sans résultats à long terme. « Il est essentiel de rigoureusement examiner l’impact à long terme de cette nouvelle technologie sur la santé publique, les maladies cardiovasculaires et les accidents vasculaires cérébraux et plus particulièrement sur les adolescents », souligne le Pr Aruni Bhatnagar.

En ce qui concerne le sevrage, elle recommande d’utiliser avec une grande prudence la cigarette électronique, qui n’est qu’un pis allé permettant uniquement de « reporter l’abstinence » et qui ne doit être utilisé qu’avec l’aide d’un professionnel de santé.

En conclusion, l’AHA craint que l’apparition de la cigarette électronique, loin d’annoncer la fin du tabagisme comme l’espère certains « érode des décennies de travail » contre le tabac.

Le CDC en embuscade

Le 25 août s’était au tour du  (CDC) d’Atlanta de s’en prendre à ce produit.

S’appuyant sur une étude publiée dans la revue Nicotine and Tobacco Research, le CDC s’est déclaré « très préoccupé par l’utilisation de la nicotine chez les jeunes, indépendamment du fait qu’il vient de cigarettes classiques, d’ e-cigarettes ou d’autres produits du tabac », par la voix de Tim McAfee, Directeur du Bureau du CDC sur le tabagisme et la santé.

Cette étude montre que 263 000 collégiens américains, qui n’avaient jamais fumé, ont utilisé une cigarette électronique en 2013, contre 79 000 en 2011 et que ces jeunes sont aussi deux fois plus susceptibles de passer à la cigarette classique, avec 43,9 %  ayant l’intention de fumer des cigarettes traditionnelles dans l’année contre 21,5 % des non-fumeurs n’ayant jamais utilisé une cigarette électronique.

Et au CDC de se faire conseiller éducatif : « Le nombre croissant de jeunes qui utilisent l’e-cigarette devrait être une préoccupation pour les parents et la communauté», a ainsi déclaré Rebecca Bunnell, directeur adjoint du même bureau et principal auteur de l’étude.

Autant de recommandations et d’avertissements qui ne manqueront pas d’être discutées au congrès de la Société Européenne de cardiologie (ESC) dont les sessions débuteront à Barcelone le 30 août prochain.

 

D’après Jim.fr , publié le 26 Août 2014

BPCO : plus d’activité physique, moins d’hospitalisations !

Les bienfaits d’une activité physique régulière sont reconnus dans la population générale, mais également au cours de diverses pathologies dont la bronchopathie chronique obstructive (BPCO). Une équipe s’est intéressée à l’influence de l’exercice physique de faible intensité sur la fréquence des hospitalisations pour exacerbations de BPCO. L’étude, prospective, s’est déroulée au pays basque espagnol dans cinq centres de soins ambulatoires prenant en charge des patients BPCO. L’activité physique était auto-déclarée par les malades qui devaient estimer la distance marchée en km/ jour au moins 3 jours par semaine. Cette variable était demandée à l’entrée dans l’étude puis après 2 ans de suivi. Le niveau d’activité physique pouvait varier de « l’absence d’activité », à une activité « faible » (moins de 3 km par jour), « modérée » (de 3 à 6 km/j), « élevée » (de 6 à 9 km/j) jusqu’à « très élevée » (en cas de maintien d’une activité professionnelle non sédentaire ou d’une pratique sportive). Le nombre d’hospitalisations pour exacerbation de BPCO sur la période de 2 à 5 ans après l’inclusion a été comptabilisé à partir de bases de données hospitalières. La participation pendant cette période à un programme de réhabilitation respiratoire était un critère d’exclusion. Sur une cohorte de 543 patients, 391 ont été suivis 5 ans et étudiés. Le groupe est quasi exclusivement masculin (97 % d’hommes) d’âge moyen de 68,3 ans. Le volume expiratoire maximal à la première seconde (VEMS) moyen était de 52 % (± 14 %) des valeurs prédites. L’analyse de la variation de l’activité physique sur les 2 ans objective que la majorité des malades maintient un même niveau d’activité. Toutefois, 51 patients passent d’une activité « très élevée » initiale à une absence complète d’activité physique à 2 ans. En analyse multivariée, les patients les moins actifs sont ceux qui ont un risque accru d’hospitalisation (odds ratio [OR] = 1,901; intervalle de confiance à 95 % [IC95] de 1,090 à 3,317). Les malades qui diminuent leur activité physique au cours du suivi ont eux aussi un risque majoré d’hospitalisations (OR = 2,134 ; IC95 de 1,146 à 3,977). Pour ceux qui augmentent leur niveau d’activité physique, il n’est pas observé de bénéfice significatif en termes de fréquence d’hospitalisations pour exacerbation. Pour les auteurs de ce travail, ce serait donc le maintien d’un niveau modéré ou élevé d’activité physique de faible intensité sur la durée qui permet de réduire le taux d’hospitalisations pour exacerbation dans la BPCO.

 

D’après Jim.fr commentaire du Dr Béatrice Jourdain

Références Esteban C et coll. : Influence of changes in physical activity on frequency of hospitalization in chronic obstructive pulmonary disease. Respirology 2014 ; 19 : 330–338.

Le syndrome de Gougerot Sjögren : Le diagnostic à travers un marqueur présent dans les larmes

La biopsie des glandes salivaires, test « gold standard » dans le syndrome de Sjögren (SS) est invasive et peut se compliquer de saignements, douleurs résiduelles et dysesthésies de la lèvre inférieure. La clinique de la maladie est aspécifique et les anomalies immunologiques l’accompagnant sont retrouvées dans d’autres pathologies systémiques.
Un test spécifique, sensible et non invasif serait donc d’une aide précieuse au clinicien pour le diagnostic de SS.

Dans une étude précédente, les auteurs de ce travail avaient montré chez les souris NOD, modèle murin établi de SS, une augmentation de l’expression et de l’activité de la cathepsine S (CTSS) dans les cellules des glandes lacrymales et dans les larmes.
Cette fois, ils ont évalué l’intérêt éventuel de l’estimation de l’activité de la CTSS dans les larmes en tant que biomarqueur du syndrome de Sjögren.

Au total, 278 sujets ont été inclus (73 syndromes de Sjögren, 79 polyarthrites rhumatoïdes, 40 lupus systémiques, 10 blépharites, 31 sécheresses oculaires aspécifiques, 12 maladies systémiques autres et 33 contrôles sains).
Un test de Schirmer a été réalisé chez tous après application d’un anesthésiant local. Le fluide lacrymal a été ensuite élué, recueilli et l’activité CTSS mesurée.

L’activité CTSS médiane s’est révélée significativement plus élevée dans les larmes des malades atteints de SS (primaire ou secondaire) que pour les autres groupes. Il n’y avait pas de différence entre les patients atteints de SS primaire et secondaire (p = 0,84) et les niveaux d’activité CTSS dans les larmes étaient indépendants des valeurs du test de Schirmer ou des taux d’auto-anticorps sériques.

L’activité CTSS médiane dans les larmes des malades atteints de SS primitif était 3,8 fois plus élevée que dans les larmes de ceux avec une maladie auto-immune sans SS (p < 0,0001) et
37,8 fois plus élevée que pour les contrôles sains (p < 0,0001).
Chez les patients avec un SS secondaire, cette activité était 4,2 fois plus élevée que chez les malades avec maladie auto-immune sans SS (p < 0,0001) et 42 fois plus que chez les contrôles sains (p < 0,0001).

Les auteurs estiment que la mesure de l’activité CTSS dans les larmes pourrait être un nouveau biomarqueur simple, rapide, économique et non invasif pour le diagnostic de syndrome de Sjögren.

D’aprés Jim.fr, commentaire du Dr Juliette Lasoudris-Laloux

Références :  Hamm-Alvarez SF et coll. : Tear Cathepsin S as a Candidate Biomarker for Sjögren’s Syndrome. Arthritis Rheumatol., 2014; 66:1872-81. doi: 10.1002/art.38633.

Tendances relatives à la mortalité liée à la BPCO en Europe

Mortality trends in chronic obstructive pulmonary disease in Europe, 1994—2010: a joinpoint regression analysis

The Lancet Respiratory Medicine, Volume 2, Issue 1, Pages 54 – 62, January 2014



Évolution des taux de mortalité liés à la BPCO depuis 1994 dans les 27 pays de l’Union européenne

Introduction

Les résultats d’études réalisées au cours des 20 dernières années suggèrent que la mortalité liée à la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) est en baisse dans le monde entier. Toutefois, peu d’informations sont disponibles sur les tendances en Europe. Notre objectif consistait donc à décrire les tendances relatives à la mortalité liée à la BPCO par sexe et année calendaire entre 1994 et 2010.

Méthodes

Nous avons consulté les dossiers de l’Office statistique de l’Union européenne (UE), Eurostat, et extrait les données relatives aux décès liés à la BPCO et survenus entre 1994 et 2010 dans les 27 pays de l’UE, en utilisant les codes de la 10e révision de la classification internationale des maladies (CIM-10), J40—J44 et J47. Nous avons estimé les taux de mortalité normalisés selon l’âge (TSA) et analysé les données en utilisant une régression log linéaire par morceaux joints pour les femmes et les hommes de l’UE globalement et par pays, pour chaque année. Nous avons utilisé la population européenne standard comme référence et exprimons nos résultats en nombre de décès pour 100 000 années-personnes. Nous avons comparé les résultats observés dans chaque pays avec la moyenne européenne en calculant les rapports de taux standardisés (RTS) et les IC à 95 %.

Résultats

Entre 1994 et 2010, 2 348 184 décès liés à la BPCO ont été enregistrés dans l’UE. La mortalité liée à la BPCO était plus élevée chez les hommes que chez les femmes au cours de toute la période de l’étude et ce, dans tous les pays de l’UE. Dans l’UE, globalement, le nombre de décès sur 100 000 personnes a diminué chez les hommes de façon presque linéaire et est passé de 90·07 en 1994 à 61·33 en 2010 ; chez les femmes, il est passé de 26·99 en 1994 à 25·15 en 2010. On observe donc une diminution des différences liées au sexe au cours de la période de l’étude. Plusieurs pays présentaient une mortalité RTS supérieure à la moyenne européenne, notamment l’Irlande, la Hongrie et la Belgique pour les hommes, et le Danemark, le Royaume-Uni et les Pays-Bas pour les femmes. Notre analyse par régression log linéaire par morceaux joints n’a identifié aucune modification statistiquement significative de la tendance relative à l’ensemble de l’UE ; une évolution des tendances a toutefois été observée pour plusieurs pays au cours de la période de l’étude. Chez les hommes, nous avons enregistré dans l’UE une diminution constante et statistiquement significative du TSA, égale à 2·56 %. Cinq pays ont présenté une augmentation de leur TSA. Globalement, chez les femmes, nous avons enregistré une diminution statistiquement significative du TSA, égale à 0·76 %. Quatorze pays ont présenté une augmentation de leur TSA.

Interprétation

Nos résultats indiquent une tendance à la baisse de la mortalité liée à la BPCO en Europe entre 1994 et 2010. Les données suggèrent également une diminution des différences de taux de mortalité liés à la BPCO entre hommes et femmes. L’hétérogénéité importante des taux de mortalité entre les différents pays de l’Union européenne pourrait servir de référence afin de permettre l’élaboration de politiques éclairées.

Commentaires :  Cette étude confirme nos travaux concenant une épidémiologie éronnée donnant une projection de la mortalité mondiale pour cause de BPCO la situant en 3 eme position pour 2020. Un peu de lucidité et moins de copier-coller apporteront certainement  une meilleure objectivité et une meilleure évaluation pour une maladie invalidante .

Exploration des liens entre l’eczéma, la rhinite et l’asthme

Comorbidity of eczema, rhinitis, and asthma in IgE-sensitised and non-IgE-sensitised children in MeDALL: a population-based cohort study

Mariona Pinart*, Marta Benet*, Isabella Annesi-Maesano, Andrea von Berg, Dietrich Berdel, Karin C L Carlsen, Kai-Håkon Carlsen,
Carsten Bindslev-Jensen, Esben Eller, Maria P Fantini, Jacopo Lenzi, Ulrike Gehring, Joachim Heinrich, Cynthia Hohmann, Jocelyne Just,
Thomas Keil, Marjan Kerkhof, Manolis Kogevinas, Sibylle Koletzko, Gerard H Koppelman, Inger Kull, Susanne Lau, Erik Melén, Isabelle Momas,
Daniela Porta, Dirkje S Postma, Fanny Rancière, Henriette A Smit, Renato T Stein, Christina G Tischer, Maties Torrent, Magnus Wickman,
Alet H Wijga, Jean Bousquet, Jordi Sunyer, Xavier Basagaña, Stefano Guerra, Judith Garcia-Aymerich, Josep M Antó

Article original en anglais, voir  : Lancet Respir Med 2014; 2: 131–40

Des chercheurs affirment que la sensibilisation aux IgE ne constituerait pas le principal mécanisme étiologique de comorbidité

Introduction

L’eczéma, la rhinite et l’asthme coexistent souvent (comorbidité) chez l’enfant. Toutefois, la proportion de comorbidité non imputable au hasard et pour laquelle la sensibilisation aux IgE jouerait un rôle demeure inconnue. Nous avons évalué ces différents facteurs chez des enfants âgés de 4 à 8 ans.

Méthodes

Dans cette étude de cohorte prospective, nous avons évalué des enfants issus de 12 études de cohorte de naissance européennes actuellement en cours, incluses dans le projet MeDALL (Mechanisms of the Development of ALLergy). Nous avons recueilli les informations relatives à l’eczéma, la rhinite et l’asthme à l’aide de questionnaires et en mesurant les taux sériques des IgE spécifiques à six allergènes. La comorbidité de l’eczéma, de la rhinite et de l’asthme était définie comme la coexistence de deux maladies ou des trois maladies chez le même enfant. Nous avons estimé la comorbidité en excès (absolue et relative) en comparant la survenue prévue et la survenue observée de ces maladies à 4 ans et 8 ans. Nous avons réalisé une analyse longitudinale en utilisant des modèles log-linéaires de la relation entre la maladie à l’âge de 4 ans et la comorbidité à l’âge de 8 ans.

Résultats

Nous avons évalué 16 147 enfants âgés de 4 ans et 11 080 enfants âgés de 8 ans dans le cadre d’analyses transversales. L’excès absolu de toute comorbidité était de 1·6 % pour les enfants âgés de 4 ans et de 2·2 % pour les enfants âgés de 8 ans ; 44 % de la comorbidité observée à l’âge de 4 ans et 50·0 % de la comorbidité à l’âge de 8 ans n’étaient pas dus au hasard. Les enfants âgés de 4 ans chez lesquels étaient observées des comorbidités présentaient un risque accru de comorbidité à l’âge de 8 ans. Le risque relatif de comorbidité (quelle qu’elle soit) à l’âge de 8 ans était compris entre 36·2 (IC à 95 % : 26·8—48·8) pour les enfants souffrant de rhinite et d’eczéma à l’âge de 4 ans, et 63·5 (IC à 95 % : 51·7—78·1) pour les enfants atteints d’asthme, de rhinite et d’eczéma à l’âge de 4 ans. Nous avons effectué une évaluation longitudinale de 10 107 enfants en nous basant sur des données recueillies aux deux âges. Les enfants atteints de comorbidités à 4 ans sans sensibilisation aux IgE présentaient des risques relatifs de comorbidité plus élevés à 8 ans que les enfants sensibilisés aux IgE. Pour les enfants sans comorbidité à l’âge de 4 ans, 38 % des comorbidités à l’âge de 8 ans étaient imputables à une sensibilisation aux IgE à l’âge de 4 ans.

Interprétation

La coexistence de l’eczéma, de la rhinite et de l’asthme chez le même enfant est un phénomène trop fréquent pour n’être imputable qu’au hasard (en présence et en l’absence de sensibilisation aux IgE), ce qui laisse à penser que ces maladies partageraient les mêmes mécanismes étiologiques. Bien que la sensibilisation aux IgE soit associée de manière indépendante à la comorbidité en excès de l’eczéma, de la rhinite et de l’asthme, elle n’était à l’origine que de 38 % des comorbidités et, sur la base de ces résultats, ne pourrait donc plus être considérée comme le principal mécanisme étiologique de comorbidité pour ces maladies.

Exploration des liens entre l’eczéma, la rhinite et l’asthme

Comorbidity of eczema, rhinitis, and asthma in IgE-sensitised and non-IgE-sensitised children in MeDALL: a population-based cohort study

Mariona Pinart*, Marta Benet*, Isabella Annesi-Maesano, Andrea von Berg, Dietrich Berdel, Karin C L Carlsen, Kai-Håkon Carlsen,
Carsten Bindslev-Jensen, Esben Eller, Maria P Fantini, Jacopo Lenzi, Ulrike Gehring, Joachim Heinrich, Cynthia Hohmann, Jocelyne Just,
Thomas Keil, Marjan Kerkhof, Manolis Kogevinas, Sibylle Koletzko, Gerard H Koppelman, Inger Kull, Susanne Lau, Erik Melén, Isabelle Momas,
Daniela Porta, Dirkje S Postma, Fanny Rancière, Henriette A Smit, Renato T Stein, Christina G Tischer, Maties Torrent, Magnus Wickman,
Alet H Wijga, Jean Bousquet, Jordi Sunyer, Xavier Basagaña, Stefano Guerra, Judith Garcia-Aymerich, Josep M Antó

Article original en anglais, voir  : Lancet Respir Med 2014; 2: 131–40

Des chercheurs affirment que la sensibilisation aux IgE ne constituerait pas le principal mécanisme étiologique de comorbidité

Introduction

L’eczéma, la rhinite et l’asthme coexistent souvent (comorbidité) chez l’enfant. Toutefois, la proportion de comorbidité non imputable au hasard et pour laquelle la sensibilisation aux IgE jouerait un rôle demeure inconnue. Nous avons évalué ces différents facteurs chez des enfants âgés de 4 à 8 ans.

Méthodes

Dans cette étude de cohorte prospective, nous avons évalué des enfants issus de 12 études de cohorte de naissance européennes actuellement en cours, incluses dans le projet MeDALL (Mechanisms of the Development of ALLergy). Nous avons recueilli les informations relatives à l’eczéma, la rhinite et l’asthme à l’aide de questionnaires et en mesurant les taux sériques des IgE spécifiques à six allergènes. La comorbidité de l’eczéma, de la rhinite et de l’asthme était définie comme la coexistence de deux maladies ou des trois maladies chez le même enfant. Nous avons estimé la comorbidité en excès (absolue et relative) en comparant la survenue prévue et la survenue observée de ces maladies à 4 ans et 8 ans. Nous avons réalisé une analyse longitudinale en utilisant des modèles log-linéaires de la relation entre la maladie à l’âge de 4 ans et la comorbidité à l’âge de 8 ans.

Résultats

Nous avons évalué 16 147 enfants âgés de 4 ans et 11 080 enfants âgés de 8 ans dans le cadre d’analyses transversales. L’excès absolu de toute comorbidité était de 1·6 % pour les enfants âgés de 4 ans et de 2·2 % pour les enfants âgés de 8 ans ; 44 % de la comorbidité observée à l’âge de 4 ans et 50·0 % de la comorbidité à l’âge de 8 ans n’étaient pas dus au hasard. Les enfants âgés de 4 ans chez lesquels étaient observées des comorbidités présentaient un risque accru de comorbidité à l’âge de 8 ans. Le risque relatif de comorbidité (quelle qu’elle soit) à l’âge de 8 ans était compris entre 36·2 (IC à 95 % : 26·8—48·8) pour les enfants souffrant de rhinite et d’eczéma à l’âge de 4 ans, et 63·5 (IC à 95 % : 51·7—78·1) pour les enfants atteints d’asthme, de rhinite et d’eczéma à l’âge de 4 ans. Nous avons effectué une évaluation longitudinale de 10 107 enfants en nous basant sur des données recueillies aux deux âges. Les enfants atteints de comorbidités à 4 ans sans sensibilisation aux IgE présentaient des risques relatifs de comorbidité plus élevés à 8 ans que les enfants sensibilisés aux IgE. Pour les enfants sans comorbidité à l’âge de 4 ans, 38 % des comorbidités à l’âge de 8 ans étaient imputables à une sensibilisation aux IgE à l’âge de 4 ans.

Interprétation

La coexistence de l’eczéma, de la rhinite et de l’asthme chez le même enfant est un phénomène trop fréquent pour n’être imputable qu’au hasard (en présence et en l’absence de sensibilisation aux IgE), ce qui laisse à penser que ces maladies partageraient les mêmes mécanismes étiologiques. Bien que la sensibilisation aux IgE soit associée de manière indépendante à la comorbidité en excès de l’eczéma, de la rhinite et de l’asthme, elle n’était à l’origine que de 38 % des comorbidités et, sur la base de ces résultats, ne pourrait donc plus être considérée comme le principal mécanisme étiologique de comorbidité pour ces maladies.

Le microbiome pulmonaire est-il un facteur dans la pathogenèse de la fibrose pulmonaire idiopathique

Lung microbiome and disease progression in idiopathic pulmonary fibrosis: an analysis of the COMET study

Dr MeiLan K Han MD a Corresponding AuthorEmail Address, Yueren Zhou MS a, Susan Murray ScD a, Nabihah Tayob PhD a, Prof Imre Noth MD b, Vibha N Lama MD a, Prof Bethany B Moore PhD a, Eric S White MD a, Kevin R Flaherty MD a, Prof Gary B Huffnagle PhD a , Prof Fernando J Martinez MD a , for the COMET Investigators

 Article original dans : The Lancet Respiratory Medicine, Volume 2, Issue 7, Pages 548 – 556, July 2014

Une étude identifie les espèces bactériennes associées à la progression de la maladie

Contexte

Le rôle du microbiome pulmonaire dans la pathogenèse de la fibrose pulmonaire idiopathique est inconnu. Nous avons mené cette étude afin de déterminer si des signatures microbiennes étaient associées à la progression de la fibrose pulmonaire idiopathique.

Méthodes

Des patients (âgé de 35 à 80 ans) atteints de fibrose pulmonaire idiopathique dans les 4 ans suivant le diagnostic établi dans le cadre des résultats corrélant avec les marqueurs biochimiques pour estimer le délai écoulé jusqu’à la progression de la maladie (Correlating Outcomes with biochemical Markers to Estimate Time-progression, COMET) dans l’étude sur la fibrose pulmonaire idiopathique ont été suivis pendant 80 semaines au maximum. La survie sans progression de la maladie était définie comme étant le délai jusqu’au décès ou jusqu’à une exacerbation aiguë, une greffe du poumon ou une diminution de la capacité vitale forcée (CVF) de 10 % ou plus, ou une diminution de la capacité de diffusion pulmonaire du monoxyde de carbone (DLCO) de 15 % ou plus. De l’ADN a été isolé à partir de 55 échantillons de lavage broncho-alvéolaire bronchoscopique. 454 pyroséquençages ont été utilisés pour attribuer les unités taxonomiques opérationnelles (UTO) aux bactéries selon une divergence entres séquences de 3 %. Des modèles de Cox ajustés ont été utilisés pour identifier les UTO qui étaient significativement associées à la survie sans progression de la maladie à une valeur p ClinicalTrials.gov sous le numéro NCT01071707.

Résultats

La CVF était à 70,1 % (écart-type [ET] de 17,0) et la DLCO était à 42,3 % (14,0) de la valeur prédite. La progression de la maladie a été significativement associée à une augmentation de l’abondance relative de deux UTO, Streptococcus UTO 1 345 (risque relatif de 1,11, IC à 95 % de 1,04 à 1,18 ; p = 0,0009) et Staphylococcus UTO 1 348 (1,16, de 1,03 à 1,31, p = 0,012). Les seuils pour l’abondance relative de chaque UTO associée à la survie sans progression de la maladie étaient supérieurs à 3,9 % pour Streptococcus UTO 1 345 (10,19, de 2,94 à 35,35 ; p = 0,0002) et plus de 1,8 % pour Staphylococcus UTO 1 348 (5,06, de 1,71 à 14,93 ; p = 0,003).

Interprétation

Ces données préliminaires suggèrent que la progression de la fibrose pulmonaire idiopathique est associée à la présence de membres spécifiques des espèces de Staphylococcus et Streptococcus. Il sera nécessaire de mener d’autres recherches pour identifier les espèces bactériennes spécifiques et pour confirmer qu’il s’agit d’une association de causalité.

Les décisions thérapeutiques des allergologues sont sensibles au diagnostic moléculaire !

L’immunothérapie spécifique avec des extraits polliniques est le seul traitement permettant de modifier le cours de la maladie allergique.
 
Le choix de l’allergène peut-être guidé par le diagnostic moléculaire. Celui-ci permet non seulement de repérer une allergie aux allergènes polliniques majeurs mais aussi de ne pas initier le traitement en l’absence d’allergie vraie ou lorsqu’il s’agit d’une sensibilisation isolée à des allergènes mineurs du pollen qui ne seront pas présents en quantité suffisante dans les extraits thérapeutiques disponibles.

Les recommandations internationales sur l’immunothérapie spécifique ne tiennent pas compte pour l’instant du diagnostic moléculaire.
Une étude pédiatrique menée sur 561 enfants recrutés par l’intermédiaire de 16 consultations d’allergologies réparties dans toute l’Italie montre cependant que celui-ci peut modifier la décision de l’allergologue…

La sensibilisation pollinique a été recherchée par la pratique de prick-tests cutanés et considérée comme pertinente en cas de concordance entre la période symptomatique et le pic pollinique considéré.
Un dosage d’IgE spécifiques a été réalisé pour Phl p 1, Phl p 5, Bet v 1, Cup a 1, Art v 1, Ole e 1, Par j 2, et Phl p 12 (profiline).
La prescription d’une immunothérapie spécifique a été décidée d’abord en fonction du résultat isolé des prick-tests puis de nouveau en associant celui du diagnostic moléculaire.

La plupart des enfants étaient sensibilisés au pollen de graminées (91 %) et d’olivier (62 %) alors que 47 % l’étaient au pollen de bétulacées, 44 % au pollen de cyprès, 40 % au pollen de pariétaire et 25 % au pollen d’armoise.
Une grande majorité des patients étaient polysensibilisés avec une pertinence clinique pour au moins 4 pollens différents chez 28 % des enfants.

L’absence d’IgE spécifiques vis-à-vis des allergènes majeurs a été mise en évidence chez 69 % des enfants ayant une sensibilisation cliniquement pertinente à l’armoise, 60 % au pollen de bétulacées, 30 % de pariétaire, 28 % d’olivier, 15 % de cyprès et 10 % de graminées.
La présence d’IgE spécifiques de profilines et/ou de polcalcines expliquerait 173 des 464 positivités de prick-tests (soit 37 %).

Après prise en compte des résultats du diagnostic moléculaire, la prescription d’une immunothérapie a été annulée ou sa composition modifiée dans un peu plus de 40 % des cas.                                                                                                                                                                                                                                                                                        L’hypothèse que cette modification de prescription va dans le sens d’une amélioration thérapeutique reste cependant à vérifier…

D’après Jim.fr , commentaire du Dr Geneviève Démonet                                                                                                                                                                                        

Référence !                                                                                                                                                                                                                                                                                            Stringari G et coll : The effect of component-resolved diagnosis on specific immunotherapy prescription in children with hay fever. J Allergy Clin Immunol 2014, 134: 75-81

Les décisions thérapeutiques des allergologues sont sensibles au diagnostic moléculaire !

L’immunothérapie spécifique avec des extraits polliniques est le seul traitement permettant de modifier le cours de la maladie allergique.
 
Le choix de l’allergène peut-être guidé par le diagnostic moléculaire. Celui-ci permet non seulement de repérer une allergie aux allergènes polliniques majeurs mais aussi de ne pas initier le traitement en l’absence d’allergie vraie ou lorsqu’il s’agit d’une sensibilisation isolée à des allergènes mineurs du pollen qui ne seront pas présents en quantité suffisante dans les extraits thérapeutiques disponibles.

Les recommandations internationales sur l’immunothérapie spécifique ne tiennent pas compte pour l’instant du diagnostic moléculaire.
Une étude pédiatrique menée sur 561 enfants recrutés par l’intermédiaire de 16 consultations d’allergologies réparties dans toute l’Italie montre cependant que celui-ci peut modifier la décision de l’allergologue…

La sensibilisation pollinique a été recherchée par la pratique de prick-tests cutanés et considérée comme pertinente en cas de concordance entre la période symptomatique et le pic pollinique considéré.
Un dosage d’IgE spécifiques a été réalisé pour Phl p 1, Phl p 5, Bet v 1, Cup a 1, Art v 1, Ole e 1, Par j 2, et Phl p 12 (profiline).
La prescription d’une immunothérapie spécifique a été décidée d’abord en fonction du résultat isolé des prick-tests puis de nouveau en associant celui du diagnostic moléculaire.

La plupart des enfants étaient sensibilisés au pollen de graminées (91 %) et d’olivier (62 %) alors que 47 % l’étaient au pollen de bétulacées, 44 % au pollen de cyprès, 40 % au pollen de pariétaire et 25 % au pollen d’armoise.
Une grande majorité des patients étaient polysensibilisés avec une pertinence clinique pour au moins 4 pollens différents chez 28 % des enfants.

L’absence d’IgE spécifiques vis-à-vis des allergènes majeurs a été mise en évidence chez 69 % des enfants ayant une sensibilisation cliniquement pertinente à l’armoise, 60 % au pollen de bétulacées, 30 % de pariétaire, 28 % d’olivier, 15 % de cyprès et 10 % de graminées.
La présence d’IgE spécifiques de profilines et/ou de polcalcines expliquerait 173 des 464 positivités de prick-tests (soit 37 %).

Après prise en compte des résultats du diagnostic moléculaire, la prescription d’une immunothérapie a été annulée ou sa composition modifiée dans un peu plus de 40 % des cas.

L’hypothèse que cette modification de prescription va dans le sens d’une amélioration thérapeutique reste cependant à vérifier…

D’après Jim.fr, commenté par le Dr Geneviève Démonet

Références
Stringari G et coll : The effect of component-resolved diagnosis on specific immunotherapy prescription in children with hay fever. J Allergy Clin Immunol 2014, 134: 75-81