Réanimation – Délire – Statines

Prises de statines et risque de délire en réanimation.

Page V. J et al. Am J Respir Crit Care Med 2014    189      6          666      673

http://www.atsjournals.org/doi/abs/10.1164/rccm.201306-1150OC

            Pour déterminer si les patients admis en soins intensifs traités par statines auraient une réduction du risque de delirium par rapport à ceux n’en prenant pas, les jours sans délire, l’administration quotidienne de statines et la CRP ont été enregistrés chez 470 malades consécutifs en réanimation dont 151 prenaient des statines.

            En se servant d’une analyse de régression logistique multivariable effets-aléatoires, l’administration de statines la soirée antérieure à l’hospitalisation a été associée à l’absence de délire (OR : 2.28) et à une moindre CRP le jour suivant. Quand l’association entre statines et l’absence de délire a été contrôlé par la seule CRP, la taille de l’effet est devenue non significative (OR : 1.56).

            En conclusion, un traitement en cours par statines a été associé à un moindre risque quotidien de délire chez les patients admis en soins intensifs. Un essai clinique en cours, à la suite de ce travail, étudie si les statines seraient un traitement potentiel du délire en réanimation.

(Commentaire : oui, mais d’après Even c’est délirant de prendre des statines !)

C. Krespine

CBP – Dépistage – TDM – Bénéfice/Risques

Bénéfices et inconvénients des stratégies de dépistage TDM du cancer broncho-pulmonaire (CBP) : une étude de modélisation comparative par le groupe de travail des Services de Prévention U.S.

De Koning H.J. et al  Ann Int Med   2014    160      5          311      320

http://annals.org/article.aspx?articleID=1809424

            Pour identifier les scénarii efficaces du dépistage TDM avec lesquels plus de morts par CBP seraient évités par le moins d’examen de dépistage TDM, 576 scénarii incluant des critères d’éligibilité variés (âge – paquets-année de tabagisme – années de sevrage) et intervalles de dépistage variés ont été analysés.

            La stratégie la plus avantageuse a été le dépistage annuel à 55 ans jusqu’à 80 ans pour les fumeurs persistants avec antécédents de tabagisme d’au moins 30PA et pour les anciens fumeurs avec moins de 15 ans d’arrêt du tabagisme. Cette stratégie conduirait à 50% de cas de CBP détectés à un stade précoce (stade I/II), 575 examens de dépistage pour un décès par CBP évité, une réduction de 14% de la mortalité par CBP, 497 décès par CBP évités et 5 250 années de vie gagnées par cohorte de 100 000 membres. Les inconvénients incluent 67 550 résultats faux positifs, 910 biopsies ou chirurgies pour lésions bénignes et 190 cas surdiagnostiqués de CBP (3.7% de tous les cas de CBP).

            En conclusion, le dépistage annuel TDM du CBP a un rapport bénéfice/risque favorable chez les personnes âgées de 55 ans jusqu’à 80 ans avec un tabagisme de 30PA ou plus.

(Commentaire :

C. Krespine

Arrêter le tabac quand on est âgé : est-ce encore utile ?

Prévalence du tabagisme chez les seniors

Le Baromètre Santé 2010 des Français (Inpes 2010) indique que la prévalence du tabagisme actif baisse avec l’âge (1). Il est cependant encore présent chez 10 % des hommes et 6 % des femmes de 65 à 74 ans et chez plus de 5 % des hommes et 3,5 % des femmes de 75 à 85 ans (figure 1). Ce baromètre indique aussi que le tabagisme des femmes de 45 à 65 ans a augmenté de 7 % entre 2005 et 2010, ce qui laisse présager pour les années à venir une augmentation significative du tabagisme des femmes seniors.

Figure 1. Prévalence du tabagisme en France en 2010, selon les tranches d’âge. La prévalence du tabagisme reste élevée chez les sujets âgés. Source : Baromètre Santé 2010, Inpes(1).

Risque relatif du tabagisme plus faible, mais risque absolu majeur et croissant avec l’âge

Le tabagisme est un facteur majeur de multiples maladies chroniques. Responsable de 73 000 morts par an en France (2), soit un décès sur dix, il représente la première cause des décès prématurés. Facteur causal d’environ un tiers des cancers et responsable de 40 % des décès cardiovasculaires chez les hommes de moins de 70 ans (3), il est la première cause des décès cardio-vasculaires évitables. Ce pendant, le tabagisme tue également beaucoup au-delà de cet âge, 70 % des décès attribuables au tabagisme survenant chez des sujets de plus de 60 ans (4).

Un impact majeur sur l’espérance de vie

Une étude américaine récente, analysant les décès dans la cohorte NHIS de 216 917 adultes âgés de 25 à 79 ans, montre que les fumeurs ont un risque de mortalité multiplié par 3 par rapport aux non-fumeurs (5). Mais surtout, les courbes de survie montrent que la majorité de l’excès du nombre des décès survient au-delà de 60 ans. Les fumeurs perdent au moins 10 ans d’espérance de vie par rapport aux non-fumeurs. À 70 ans, 81 % des hommes et 87 % des femmes n’ayant jamais fumé sont encore vivants contre seulement 55 % des hommes fumeurs et 68 % des femmes fumeuses, et l’écart est encore plus net à 80 ans (figure 2).

Figure 2. Pourcentage de survie des fumeurs et des non-fumeurs chez les femmes et les hommes de 25 à 80 ans. Le nombre absolu de décès liés au tabagisme augmente avec l’âge. L’espérance de vie est globalement diminuée de 11 ans chez les femmes et de 12 ans chez les hommes (d’après P. Jha et coll.(5)).

Cette surmortalité liée au tabagisme chez les sujets âgés est confirmée chez les femmes dans la « Million Women Study », réalisée sur une cohorte de plus d’un million de femmes britanniques(6). La mortalité des femmes fumeuses est multipliée par 2,97 par rapport à celles qui n’ont jamais fumé. Il y a respectivement 24 % et 53 % de décès chez les fumeuses à 70 ans et 80 ans contre 9 % et 22 % chez les non-fumeuses à ces mêmes âges. L’espérance de vie des femmes qui continuent de fumer est réduite de 11 ans (figure 3).

Figure 3. Pourcentage de décès en fonction de l’âge chez les femmes britanniques fumeuses et n’ayant jamais fumé respectivement. Le risque de décès attribuable au tabac reste très augmenté chez les femmes les plus âgées (d’après K. Pirie et coll.(8)).

Une méta-analyse de 17 études provenant de 7 pays montre également que le tabagisme actif des sujets de plus de 60 ans est associé à une augmentation de la mortalité de toutes causes(7). Le risque relatif de décès des fumeurs est de 1,2 à 3,4 selon les études et de 1,83 (IC95 % : 1,65-2,03) dans la méta-analyse.

Un nombre absolu d’événements cardiovasculaires important

Le tabagisme est le facteur de risque cardiovasculaire qui s’exprime le plus tôt. C’est le facteur essentiel et très souvent isolé des infarctus du myocarde des sujets les plus jeunes(8). La responsabilité spécifique du tabac dans le risque cardiovasculaire diminue par la suite avec l’âge dans la mesure où, d’une part, l’effet de ce facteur va être dilué par la présence d’autres facteurs de risque (âge proprement dit, HTA, hypercholestérolémie et diabète) et, d’autre part, beaucoup de fumeurs sont déjà décédés… Cependant, le risque persiste dans toutes les tranches d’âge, y compris au-delà de 80 ans, avec un nombre absolu de décès et de victimes d’infarctus du myocarde chez les fumeurs plus important que chez les non-fumeurs et qui augmente proportionnellement avec l’âge et la durée du tabagisme. Le risque de survenue d’une insuffisance cardiaque est également bien corrélé à la persistance d’un tabagisme chez les sujets âgés(9).

Sevrage tabagique : un gain certain, même chez les sujets âgés

Une augmentation de l’espérance de vie

L’importante cohorte de médecins britanniques, suivie pendant plusieurs décennies par l’épidémiologiste Richard Doll, avait déjà permis de démontrer que le plus grand bénéfice du sevrage est obtenu par un sevrage le plus précoce possible(10). Ces données viennent d’être confirmées par plusieurs études récentes. Dans la cohorte américaine NHIS, lorsque le sevrage survient vers 30 ans, l’espérance de vie est augmentée de 10 ans par rapport à celle d’un sujet continuant de fumer toute sa vie, c’est-àdire en pratique identique à celle des sujets n’ayant jamais fumé. Mais un sevrage réalisé respectivement à 40, 50 et 60 ans, augmente encore l’espérance de vie de 9, 6 et 4 ans (11) (figure 4).

 

Figure 4. Gain d’espérance de vie selon l’âge du sevrage par rapport à un fumeur continuant à fumer toute sa vie. Ce gain est de 10 ans, 9 ans, 6 ans et 4 ans lorsque le sevrage a lieu respectivement vers 30 ans, 40 ans, 50 ans et 60 ans (d’après P. Jha et coll.(5)).

La méta-analyse de Gellert, qui ne concerne que des sujets de plus de 60 ans, confirme également que le sevrage tabagique reste bénéfique au-delà de cet âge (7). Ainsi, par rapport aux sujets n’ayant jamais fumé, les anciens fumeurs ont une augmentation de risque de décès qui n’est que de 34 % contre 83 % chez les fumeurs, soit une réduction relative de risque de décès de 27 % (figure 5). Cette réduction de risque est présente pour toutes les tranches d’âge et augmente de façon graduelle avec l’ancienneté du sevrage, d’où l’importance d’un sevrage le plus précoce possible.

Figure 5. Risque relatif de décès chez les sujets âgés fumeurs et ex-fumeurs par rapport à des sujets n’ayant jamais fumé. La réduction du risque de décès des ex-fumeurs par rapport à ceux restés fumeurs est de 27 % pour l’ensemble des sujets de plus de 60 ans, 21 % pour les 60-69 ans, 27 % pour les 70-79 ans et 24 % pour les plus de 80 ans (d’après C. Gellert et coll.(7)).  

Un bénéfice cardiovasculaire dominant dans cette tranche d’âge

Compte tenu des mécanismes en cause dans la survenue des accidents coronariens aigus, en particulier concernant l’activité plaquettaire (risque de thrombose) et la fonction endothéliale (risque de spasme), les bénéfices liés au sevrage tabagique peuvent être observés dans des délais relativement brefs, tant en prévention primaire qu’en prévention secondaire. En effet, la réversibilité de ces mécanismes, en particulier l’hyperagrégabilité plaquettaire, est extrêmement rapide(12). Ceci explique que, même chez le sujet relativement âgé, le sevrage apporte encore une protection plus spécifiquement cardiovasculaire. En revanche, le risque de cancer et de bronchopathie chronique étant fortement lié à la durée de consommation de tabac, il persiste un risque résiduel de morbidité et de mortalité plus important pour ces pathologies. Dans la « Million Women Study », qui a évalué le bénéfice de l’arrêt sur le risque de décès en fonction de l’âge du sevrage, on voit que pour chaque niveau d’âge le gain le plus important concerne la pathologie cardiovasculaire alors que, même si le bénéfice de l’arrêt concerne également le cancer du poumon et la bronchopathie chronique, l’hypothèque de risque absolu lié au fait d’avoir été fumeur reste plus importante pour ces pathologies et ceci, d’autant plus que les sujets avancent en âge (6). Le sevrage est également, quel que soit l’âge, un élément déterminant du contrôle des symptômes et de l’évolution des lésions et complications de l’artériopathie oblitérante des membres inférieurs et de l’anévrisme de l’aorte abdominale. Il est aussi fondamental dans la prévention des accidents vasculaires cérébraux.

Un bénéfice majeur dans le contexte de prévention secondaire

Les sujets les plus âgés sont de fait largement représentés dans les études de prévention secondaire cardiovasculaire. Dans ce cadre, les bénéfices du sevrage tabagique sont confirmés à tous les stades, avec une réduction de mortalité totale de 36 % et de risque d’infarctus de 32 % chez des patients coronariens sevrés(13). Dans l’étude OASIS 5, le sevrage tabagique est associé à une réduction de 43 % du risque d’infarctus dans les 6 mois suivant un syndrome coronaire aigu (OR = 0,57 ; IC 95 % : 0,36-0,89), ces patients recevant par ailleurs un traitement optimal(14). Chez les patients ayant bénéficié d’un pontage coronaire, la persistance du tabagisme augmente de façon importante le risque d’infarctus du myocarde et de réintervention, alors que le sevrage ramène pratiquement ce risque au niveau de celui des non-
fumeurs ; les patients ayant bénéficié d’une angioplastie coronaire et qui restent fumeurs ont un risque augmenté d’infarctus et de décès. Il n’y a pas de démarche médicale ou chirurgicale qui puisse donner un bénéfice aussi rapide et aussi important dans le cadre de la prévention secondaire et avec un meilleur rapport coût/efficacité. Chez des patients en prévention secondaire, recevant par ailleurs le traitement médical optimal actuel, il suffit de traiter 22 patients pour éviter un événement cardiovasculaire majeur dans les 5 ans(15).

Pas plus de difficultés à arrêter la consommation de tabac que les sujets plus jeunes

La grande majorité de ces fumeurs âgés sont très dépendants et ont des décennies de tabagisme derrière eux, laissant penser que le sevrage serait plus difficile que chez les sujets plus jeunes. En fait, dans une étude ayant comparé en situation réelle les résultats d’une aide au sevrage chez des sujets de plus et de moins de 60 ans, on ne constate pas de différence significative d’abstinence sur un suivi de 12 mois. L’effet des différentes approches thérapeutiques (non médicamenteuse, substituts nicotiniques, bupropion) n’est pas significativement différent, que les sujets aient plus ou moins de 60 ans(16).

Information, motivation et choix personnel

Comme chez la majorité des fumeurs, l’engagement d’un sujet âgé vers un sevrage ne se fait qu’au terme d’un processus de décision personnelle qui dépend beaucoup de l’information délivrée et de la motivation du sujet. Si devant une pathologie directement liée à sa consommation de tabac, il est facile de faire valoir le bénéfice à attendre du sevrage. Il n’est pas toujours évident de motiver un fumeur âgé lorsqu’il ne présente pas de pathologie évidente liée à son tabagisme. Pour bien faire comprendre les bénéfices du sevrage tabagique et motiver les sujets le plus tôt possible, il a été proposé d’utiliser le concept d’« avancement en âge », qui est défini comme le nombre d’années par lequel le tabagisme « vieillit » (en risque de morbidité ou de mortalité) les sujets exposés par rapport aux sujets non exposés à ce facteur. Par exemple, dans une étude analysant ainsi une cohorte de 6 500 sujets de 60 à 74 ans, les fumeurs ont un « avancement en âge » en moyenne de 10 ans par rapport aux sujets n’ayant jamais fumé (17). Au-delà de cette démarche objective, les bénéfices ayant clairement été exposés et une aide concrète au sevrage proposée, il faut tenir compte du contexte et, en particulier chez les sujets les plus âgés, respecter le choix personnel du fumeur… pour autant que ce choix ait été parfaitement éclairé.

D. THOMAS,

Institut de Cardiologie, groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, Paris

Références

1. Beck F et al. BEH 2011 ; 20-21 : 230-3.
2. Hill C. Rev Prat 2012 ; 62 : 325-9.
3. Ezzati M et al. Circulation 2005 ; 112 : 489-97.
4. Burns DM. Am J Health Promot 2000 ; 14 : 357-61.
5. Jha P et al. N Engl J Med 2013 ; 368 : 341-50.
6. Pirie K et al. for the Million Women Study Collaborators. Lancet 2013 ; 381 : 133-41.
7. Gellert C et al. Arch Int Med 2012 ; 172 : 837-44.
8. Marques-Vidal P et al. Arch Mal Cœur 2001 ; 94 : 673-80.
9. Gopal DM et al. Am Heart J 2012 ; 164 : 236-42.
10. Doll R et al. BMJ 2004 ; 328 : 1519-28.
11.Thun MJ et al. N Engl J Med 2013 ; 368 : 351-64.
12. Morita H et al. J Am Coll Cardiol 2005 ; 45 : 589-94.
13. Critchley JA, Capwell S. JAMA 2003 ; 290 : 86-97.
14. Chow CK et al. Circulation 2010 ; 121 : 750-8.
15. Ladapo JA et al. Arch Intern Med 2011 ; 171 : 39-45.
16. Jeremias E et al. Int J Tuberc lung Dis 2012 ; 16 : 273-8.
17. Gellert C et al. Tob Control 2012 ; 22(4) : 227-30.

Apnées du sommeil chez les futurs opérés.

Le syndrome d’apnée obstructive du sommeil (SAOS) est une condition assez fréquente qui se caractérise par une obstruction intermittente des voies aériennes pendant le sommeil. Les signes habituels, ronflements et somnolence, peuvent manquer, et de multiples pathologies (cardiaques, coronariennes ou reflux gastro-œsophagien) sont souvent associées. Le SAOS compromet les suites opératoires, et augmente le taux des complications. Pourtant, il est souvent méconnu, et les questionnaires qui permettraient de l’affirmer sont sous-utilisés ; ainsi le questionnaire stop-bang (QSB) aurait une valeur prédictive négative de 93 à 100 % pour éliminer le SAOS.

Les auteurs ont utilisé ce QSB chez 367 adultes candidats à la chirurgie en 2011. Les 8 items en sont : ronflement bruyant, somnolence diurne, apnées observées par un tiers, hypertension artérielle connue, indice de masse corporelle > 35 kg/m², âge > 50 ans, tour de cou > 40 cm, et sexe masculin. Une réponse positive à ≥ 3 questions (QSB+) équivaut  à un fort risque de SAOS. Un polysomnogramme-PSG- (enregistrement au cours du sommeil des rythmes respiratoire, cardiaque, de l’électroencéphalogramme, etc.) a été proposée aux QSB+ ; le nombre d’apnées/h a permis de distinguer les SAOS légers (5 à 15), modérés (15 à 30) ou sévères (> 30).

Sur les 367 sujets, 237 (64,6 %) ont été reconnus QSB+, c’est à dire à haut risque de SAOS. Ces malades étaient significativement plus âgés, plus gros, et présentaient davantage de pathologies associées (diabète, hypertension, hyperlipémie) que les QSB-. Parmi les 46 QSB+ soumis à la PSG, le SAOS a été déclaré sévère (37 %), modéré  (11 %), léger (30 %) ou absent (22 %). Le seul paramètre associé à la sévérité du SAOS a été le sexe masculin.

La valeur prédictive positive et la sensibilité du QSB pour dépister un SAOS ont été respectivement de 76 et 92 %.

Cette étude semble donc militer pour un recours plus fréquent à la polysomnographie chez les malades dont le score au  questionnaire stop-bang est  ≥  3. Un diagnostic préopératoire systématique de l’apnée du sommeil chez les patients à risque permettrait d’en hâter le traitement (pression nasale positive des voies aériennes) et donc de diminuer les complications postopératoires.

Références
Kulkarni GV et coll. : Obstructive sleep apnea in D’après Jim.fr , commenté par le Dr Jean-Fred Warlingeneral surgery patients : is it more common than we think ? Am J Surgery,2014; 207: 436-440.                                                                                                                                                                                                                                                              D’après Jim.fr, commenté par le Dr Jean-Fred Warlin
                                                       

Il faut baisser la corticothérapie inhalée lorsque l’asthme est contrôlé depuis 3 mois !

Diverses recommandations sur le traitement de l’asthme proposent de réduire la dose de corticoïdes inhalés de 25 à 50 % lorsque le patient est stable depuis 3 mois.

Ces avis d’experts viennent d’être confirmés par une méta-analyse sur le risque d’exacerbation de l’asthme après diminution de la dose thérapeutique.

Les essais contrôlés randomisés publiés en anglais ou non sur le sujet ont été sélectionnés sur MEDLINE, EMBASE, Web of Science et CENTRAL. Il s’agissait d’études sur des patients asthmatiques stables depuis au moins 4 semaines chez qui la dose de corticoïdes était diminuée ou non avec un suivi d’au moins 3 mois.

La recherche a permis d’identifier 2 253 articles parmi lesquels 206 ont été analysés entièrement pour en retenir 6 remplissant les critères d’inclusion : 2 études menées aux Etats-Unis, 1 au Canada et 3 en Europe avec une moyenne de 148 participants par étude.

Le principal motif d’exclusion des études était la chronologie qui ne remplissait pas les critères fixés.

La dose de corticoïde inhalé était diminuée de 50 % dans 4 études, de 76 % dans une autre et de 85 % dans la dernière.

Les définitions retenues pour l’exacerbation concernaient l’utilisation de broncho-dilatateurs d’urgence, de corticoïdes oraux et l’existence de consultations en urgence.

La baisse du débit expiratoire de pointe a été examinée dans 3 études et les critères symptomatiques dans 3 publications.

Le risque relatif d’exacerbation asthmatique chez les patients ayant réduit la dose de corticoïdes inhalés, comparativement à ceux ne l’ayant pas réduite, était de 1,25 (intervalle de confiance à 95 % [IC 95 %] 0,96-1,62 ; P = 0,10; I2 = 0 %) dans les études considérées avec une moyenne de 22 semaines de suivi.

Les patients ayant réduit la dose de corticoïdes inhalés avaient une baisse de la valeur prédite du VEMS de 0,87 % (IC 95 %-1,58 %-3,33 %; P = 0,49, I2 = 58 %) et une baisse moyenne du débit expiratoire de pointe de 9,57 l/min (IC 95 % 1,25-17,90 ; P = 0,02; I2 = 74 %) comparativement à ceux ayant poursuivi une même dose.

Pour mieux évaluer la sévérité des exacerbations dans les études sélectionnées, les admissions aux urgences et les hospitalisations ont été considérées. Des exacerbations sévères n’étaient rapportées que dans 2 des études.

La baisse de la dose du traitement corticoïde inhalé après stabilité de l’asthme n’expose donc pas à la survenue d’exacerbations de la maladie.

Références                                                                                                                                                                                                                                                                                               Grabenhenrich LB et coll. : The risk of asthma exacerbation after reducing inhaledcorticosteroids: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Allergy 2014; 69 : 510-516                                                                                         
d’après Jim.fr Commenté par le Dr Geneviève Démonet

BPCO – Activités physiques – Exacerbation – Hospitalisation

Influence des modifications de l’activité physique sur la fréquence des hospitalisations dans les BPCO.

Esteban C. et al. Respirology                        2014    19        3          330      338

            Pour évaluer si les modifications d’une activité physique régulière des patients BPCO affectent le taux d’hospitalisation des exacerbations de BPCO, 543 patients souffrant de BPCO suivis en externe ont été prospectivement identifiés. Tous les patients avec au moins 2 ans de suivi après leur sélection ont été inclus dans l’analyse.

            391 survivants ont été étudiés. Le VEMS moyen a été de 52% (+/-14%) vr. Les patients qui ont maintenu un faible niveau d’activités physiques (AP) ont eu un nombre augmenté d’hospitalisation (OR : 1.901). Après avoir eu les niveaux d’AP les plus élevés, les patients qui ont diminué leurs AP au cours du suivi ont présenté une augmentation du nombre d’hospitalisations (OR : 2.134).

            En conclusion, les patients souffrant de BPCO avec un faible niveau d’AP ou ceux qui ont réduit leurs AP avec le temps ont été plus à risque de souffrir d’une augmentation significative du nombre d’hospitalisations pour exacerbation de BPCO. Le passage à un haut niveau d’AP ou le maintien d’AP à un niveau modéré ou élevé avec une activité de plus faible intensité comme la marche d’au moins 3-6km/jour pourrait réduire le nombre d’hospitalisations pour exacerbations de BPCO.

(Commentaire : peut-être aussi tout simplement parce que, comme leur BPCO s’aggrave, ils sont de moins en moins capables d’avoir une activité physique et donc les complications sont aussi plus fréquentes du fait de l’aggravation de la maladie)

C. Krespine

Pneumothorax chez la femme : les enseignements d’une série chirurgicale

Un pneumothorax (PNO) survenant chez un sujet sans pathologie respiratoire préexistante et hors d’un contexte traumatique est en général diagnostiqué comme idiopathique. Chez les femmes en âge de procréer, l’endométriose thoracique ou la lymphangioléiomyomatose peuvent causer des PNO mais sont considérées comme des affections très rares.  altLes dossiers de toutes les femmes opérées consécutivement pour un pneumothorax entre 2000 et 2011, dans un grand centre de chirurgie thoracique parisien, ont été revus rétrospectivement. Au total, 229 femmes (âge moyen, 33 ans) ont été prises en charge chirurgicalement. La majorité (58,5 %) sont fumeuses et ont eu en moyenne 2 épisodes de pneumothorax avant l’intervention chirurgicale.

Cent quarante-quatre cas (63 %) des pneumothorax étaient à droite, et pour 80 femmes, le pneumothorax est survenu pendant la période de leurs règles (35 %). Un antécédent d’endométriose pelvienne était présent dans 29 cas. Une endométriose thoracique a été  mise en évidence dans 54 cas (24 %)  lors de l’examen histologique de la pièce opératoire.

Concernant les pneumothorax cataméniaux (80 cas), l’endométriose a pu être objectivée chez 40 patientes (50 %). A contrario, un pneumothorax survenu en dehors de la période de menstruations pouvait être tout de même lié à la présence d’une endométriose thoracique : c’était le cas pour 14 patientes (6 %). Les PNO réellement  idiopathiques concernent finalement 135 femmes (60 % des patientes).

En analyse multivariée, plusieurs variables sont indépendamment associées avec l’endométriose thoracique : il s’agit d’un PNO du côté droit, de la présence d’anomalies diaphragmatiques (defects) visibles lors de l’inspection chirurgicale, de la survenue d’une rechute après une chirurgie  unilatérale et de la présence de macrophages chargés d’hémosidérine lors de l’analyse histologique (toutes comparaisons significatives avec un  p < 0,02). En revanche, les remaniements emphysémateux apicaux retrouvés chez 184 des 213 patientes (86 %) ayant eu une résection apicale sont associés à l'absence d'endométriose thoracique (p=0, 001).

En conclusion, dans cette série de femmes présentant un pneumothorax traité chirurgicalement, la prévalence de l’endométriose thoracique est élevée. Une étude épidémiologique pour évaluer la prévalence exacte des différents types de pneumothorax chez les femmes, y compris ceux gérés médicalement, serait intéressante.

 

Source :  Legras A et coll. : Pneumothorax in Women of  d’après    child-Bearing Age An Update Classification Based on Clinical and Pathologic Findings. CHEST 2014; 145: 354–360.                                                                                                                                                                                                                                                                                         Commenté par le Dr Béatrice Jourdain sur Jim.fr

BPCO – Activités physiques – Hospitalisations

Influence des modifications de l’activité physique sur la fréquence des hospitalisations dans les BPCO.

Esteban C. et al. Respirology                        2014    19        3          330      338

            Pour évaluer si les modifications d’une activité physique régulière des patients BPCO affectent le taux d’hospitalisation des exacerbations de BPCO, 543 patients souffrant de BPCO suivis en externe ont été prospectivement identifiés. Tous les patients avec au moins 2 ans de suivi après leur sélection ont été inclus dans l’analyse.

            391 survivants ont été étudiés. Le VEMS moyen a été de 52% (+/-14%) vr. Les patients qui ont maintenu un faible niveau d’activités physiques (AP) ont eu un nombre augmenté d’hospitalisation (OR : 1.901). Après avoir eu les niveaux d’AP les plus élevés, les patients qui ont diminué leurs AP au cours du suivi ont présenté une augmentation du nombre d’hospitalisations (OR : 2.134).

            En conclusion, les patients souffrant de BPCO avec un faible niveau d’AP ou ceux qui ont réduit leurs AP avec le temps ont été plus à risque de souffrir d’une augmentation significative du nombre d’hospitalisations pour exacerbation de BPCO. Le passage à un haut niveau d’AP ou le maintien d’AP à un niveau modéré ou élevé avec une activité de plus faible intensité comme la marche d’au moins 3-6km/jour pourrait réduire le nombre d’hospitalisations pour exacerbations de BPCO.

(Commentaire :

C. Krespine

Phénotypes BPCO: Biomasse vs Tabagisme

Phénotypes de BPCO par exposition aux fumées de la biomasse versus exposition à la fumée du tabac chez les femmes mexicaines.

Camp P.G et al. Eur Respir J 2014    43        3          725      734

http://erj.ersjournals.com/content/43/3/725.abstract

            Pour vérifier que l’exposition aux fumées de la biomasse est associée à un phénotype BPCO prédominant au niveau bronchique tandis que la BPCO liée au tabagisme est associée à un phénotype emphysème prédominant, une étude transversale a comparé des femmes non fumeuses souffrant de BPCO par exposition à la biomasse (n=21) et des femmes fumeuses de cigarettes souffrant de BPCO sans exposition à la biomasse (n=22) par TDM, EFR, gazométrie, tolérance à l’exercice et qualité de vie.

            Les femmes du groupe tabagisme avaient significativement plus d’emphysème que les femmes du groupe biomasse (score radiologique : 2.3 vs 0.7) avec un emphysème en TDM de 27% vs 19% et de plus grandes tailles des zones emphysémateuses. Les femmes du groupe biomasse avaient significativement plus de piégeage aérique que le groupe tabagisme (respectivement score radiologique 2.6 et 1.5), et également un moindre score sur les symptômes, les activités et l’évaluation de la qualité de vie et une moindre saturation en oxygène au repos et au cours de l’exercice.

            En conclusion, l’exposition aux fumées de la biomasse est associée à moins d’emphysème mais plus de piégeage aérique que l’exposition à la fumée du tabac suggérant un phénotype bronchique prédominant.

(Commentaire :

C. Krespine

Pollution estérieure – Mortalité non maligne

Pollution aérienne et mortalité respiratoire par pathologies non cancéreuses chez 16 cohortes du projet ESCAPE.

Dimakopoulou K. et al. Am J Respir Crit Care Med           2014    189      6          684      696

http://www.atsjournals.org/doi/abs/10.1164/rccm.201310-1777OC

            La relation entre exposition à long terme de la pollution aérienne et la mortalité par atteintes non cancéreuses a été étudiée dans 16 cohortes de données à partir de l’étude multicentrique ESCAPE (« European Study of Cohort for Air Pollution  Effects»). Le nombre total de sujets a été de 307 553 avec 1 559 décès respiratoires au cours du suivi.

            Il n’a pas été trouvé d’associations significatives entre l’exposition à la pollution aérienne et la mortalité respiratoire mortalité par atteintes non cancéreuses. La plupart des HR étaient légèrement en dessous de l’unité à l’exception des indicateurs d’un trafic routier à proximité.

            Au total, dans cette étude de 16 cohortes, il n’y a pas eu d’association entre l’exposition à la pollution et la mortalité respiratoire de cause non maligne.

(Commentaire :

C. Krespine